Avis subjectif sur l’Inde

Comment dire, aller en Inde et choisir de se laisser prendre par ce pays, c’est forcément une expérience étonnante, fascinante, déroutante…..

Nous clôturons notre première séquence en Inde en passant à nouveau par Delhi.

En choisissant de sortir des chemins balisés, nous savions que nous allions plonger dans un pays si éloigné de ce que nous connaissions.

En préambule, c’est une jeune indienne que nous rencontrons et qui a eu l’opportunité de visiter la France et l’Angleterre. Elle trouve ces deux pays si tranquilles et elle a du mal à comprendre que l’on vienne en Inde.

Alors voici un florilège de situations rencontrées pour vous permettre de sentir l’ambiance.

Commençons par la vache : oh que je l’aime celle-ci, elle est partout, elle fait presque office d’agent de la circulation au plein milieu des carrefours. Elle est sacrée et attention il faut la laisser tranquille, d’ailleurs j’apprends qu’elle appartient toujours à quelqu’un. Le plus drôle, c’est lorsqu’elle veut prendre le train et qu’elle arpente le quai, du moins c’est ce que j’imagine….. nonchalante et majestueuse. Les passagers sont prudents et la contournent ….. on ne sait pas trop quelles sont ses intentions. Je veux la prendre en photo, mais elle n’aime pas cela et se cache en mettant la tête dans une poubelle. Et oui, elle est en bonne santé celle-ci, elle a trouvé le bon plan dans cette gare, en ce début de matinée. Bon, elles sont partout, sauf dans les quartiers huppés.

Les vaches semblent insensibles à la densité de la circulation et aux bruits. Et là, un « pilote » (un jeune à la dextérité étonnante) de tuk-tuk nous explique que si tu sais conduire en Inde, tu peux conduire partout dans le monde entier. Pas faux ! Je suis impressionné par cette conduite collective en théorie si dangereuse, où en dehors du klaxon (tout le temps) et qui n’a pas la même fonction qu’en France, personne n’exprime d’agressivité ou si rarement. Chapeau les amis !

Quoi de mieux pour sentir un pays que d’aller dans une gare, qui plus est avec notre vache, où toutes les populations s’y croisent. C’est encore mieux lorsque la chance (le retard du train de 3h) nous offre du temps pour contempler une société entière.

Là, ce sont toutes les couches de la population que je peux observer. Des hommes d’affaires à ceux qui nettoient le quai, en passant par les mendiants. Festival de couleurs, de sons (bruits?), d’allées et venues….

La vache c’est fait et les rats ne sont pas trop nombreux, il semblerait que le nettoyage en continue des voies soit efficace. Les chiens errants sont aussi à la tâche, ils font le tri des déchets comestibles et rien ne se perd. Ah oui, il faut le dire, en quelques minutes les voies peuvent devenir une vraie poubelle. Alors, des nettoyeurs descendent sur les voies et s’activent après chaque passage de train. Côté hygiène c’est mieux que rien. A notre niveau (avant c’était 1,5m plus bas), j’admire les quatre jeunes qui sont chargés du nettoyage du quai. J’oubliais, un quai en Inde peut faire deux fois ceux de nos quais avec des TGV doubles. Ces quatre là sont organisés : le premier arrose le quai avec un gros jet d’eau et les voyageurs ont intérêt à partir rapidement et attention à ne pas oublier ses bagages….. qui pourraient prendre une bonne douche. Après lui, une femme avec une sorte de balai semble nettoyer ce qui accroche. Viennent ensuite deux jeunes hommes avec des raclettes XXXL pour finir le nettoyage et évacuer l’eau (franchement sale). Séquence admiration, ils parcourent le quai de long en large avec un savoir faire incroyable. L’un des deux est pieds nus et tous les quatre sont vraiment maigres. Ici cela signifie que tu es pauvre, les riches sont nettement plus enveloppés !

Une autre population incroyable, en chemises marrons, rythme l’entrée en gare des trains. Ils sont peut être une cinquantaine et se repartissent tout le long du quai. Pendant les temps morts, à même le sol -parfois sur des cartons- ils préparent à manger pour les voyageurs qui sont dans les trains. Tout cela ne semble pas très frais et convient aux voyageurs (les indiens ont l’estomac très résistant). Dès que le train entre en gare et n’est pas encore à l’arrêt, nos livreurs-serveurs montent en marche, pour proposer leurs plats. Ce sont des cris dans tous les sens -un peu comme sur les marchés- pour se faire entendre. Ils livrent aussi par les fenêtres (pour les wagons populaires et sans clim). Les clients touchent la nourriture et la reposent pour prendre le meilleur morceau. C’est impressionnant cette agitation de quelques minutes, qui transforme la gare. Certains semblent âgés mais il m’est impossible de savoir ce qu’une vie de labeur(s) a pu laisser comme traces. Peut être sont-ils plus jeunes que moi ? Le train repart lentement et nos livreurs descendent en marche, même lorsque le train commence à rouler vite. Bien sûr, la nourriture reste sur le plateau.

A chaque train, des personnes très différentes en descendent pour parfois y revenir. C’est un beau spectacle de les voir, si différentes. Là, ce sont des Sikhs enturbannés qui rentrent vers Amristsar. Ils sont beaux et colorés, leurs visages se ressemblent et ils ont le regard fier. Certains jeunes portent un couteau traditionnel à la ceinture et une sorte de sabre. Et hop, dès que le train repart, en un clin d’œil tout ce beau monde est dans le train.

Le silence -relatif- revient…. en attendant le train suivant.

Autre sujet qui peut énerver certains ou devenir un jeu : le rapport à l’argent dans la vie de tous les jours. C’est un sujet qui mobilise notre vigilance à tous les instants. Au delà de savoir ce qui est légal ou pas, ce sont les rapports qui en émanent qui sont compliqués. Même des indiens nous ont dit que ce n’est pas facile pour eux et qu’ils se faisaient régulièrement avoir.

Tout est bon pour se faire de la gratte comme on dit. C’est le guichetier -officiel- d’un monument historique qui rend la moitié de la -grosse- somme qu’il nous doit. Comme les magiciens, il a changé le gros billet par celui de moitié. Impressionnant ! Il aura fallu qu’on lui fasse les gros yeux et qu’on ne bouge pas pour qu’il rende ce qu’il devait. On imagine ses fins de mois bien arrondies, c’est un sport national. L’autre sport, presque comique et qui berne les touristes, c’est lorsqu’ils disent qu’ils n’ont pas la monnaie. C’est efficace et cela fonctionne bien si on n’est pas prévenu. Quant au système des commissions très répandu, le touriste est le dindon de la farce ainsi que les travailleurs (taxi et autres) qui sont pressés. Tu penses avoir donné une bonne somme et en réalité il n’en toucheront qu’une modeste partie.

Heureusement, nous avons rencontré des personnes de confiance et lorsqu’une parole est donnée elle est tenue.

C’est pour tout cela que j’aime ce pays et j’accepte facilement ce qui est en dehors de nos habitudes et codes. C’est un bon exercice de lâcher prise.

Et puis ils sont beaux, leurs visages sont marqués, ils sont volontaires et parfois fiers.

Ils sont si différents physiquement entre eux et j’aime aussi toutes ces communautés qui vivent sur le même sol. Elles semblent se croiser sans animosité. Lorsque l’on sait qu’il y a près de 26 langues parlées et autant d’origines et histoires. C’est une belle leçon de la plus grande démocratie du monde, en plein mutation.

C’est sûr, l’Inde possède un potentiel pour l’avenir et il se dit qu’il ne faut plus craindre le chinois mais les indiens.

Alors c’est vrai, je ne suis pas objectif et je l’assume. C’est peut être une façon de voir le monde et de vivre cette expérience 😉

3 commentaires sur “Avis subjectif sur l’Inde

  1. Merci de nous faire partager votre ressenti sur ce pays qui ne laisse aucun voyageur indifférent. Notre fils Christophe qui est aussi resté quelque temps en Inde nous a fait partager des impressions similaires aux vôtres.
    Continuez de nous faire partager vos découvertes et nous voyageons un peu à vos côtés.
    Bises à tous les trois

    1. L’Inde semble vous avoir laissé des traces que seul ceux qui y sont allés peuvent comprendre ! Moi qui rêve d’y aller, ça à l’air à la fois excitant mais bouleversant…je crois qu’on en sort pas indemne. Petite anecdote, en voyant les commentaires sous votre article je m’arrête sur le nom Gallerand qui me dit quelque chose, en effet j’ai rencontré Christophe lors de mon trip au Pérou, plus précisément à Cusco ! Ahhh le monde est petit !

  2. Pour un ancien de la SNCF je reste sans mots à ton article Elizabeth. On est loin de nos repères français. je suis admiratif .. j’aurai du mal à me mettre à Votre place. merci pour vos témoignages que je lis avec avidité sans me poser plein de questions diverses et variées.
    C ‘est mon 1er message mais je suis tout coeur avec vous. Suis en pensée avec vous mais aurai un peu de mal à vous suivre sur le terrain.
    Ami Eric tu nous manques le samedi matin…
    Amicalement
    Pierre ROUDIL

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