Inde, surprenante et déconcertante

Voilà bientôt quinze jours que nous sillonnons l’Inde. Une toute petite partie de ce pays évidemment, il est si vaste.
Nous allons bientôt quitter cette terre pour le Népal, mais nous reviendrons après dans le Nord Est, dans la région du Sikkim, de Varanasi et de Calcutta.
J’appréhendais de venir dans ce pays, j’avais lu beaucoup de blogs de voyageurs, et souvent les personnes terminaient leurs récits par ces mots : « L’Inde on la déteste ou on l’adore ». Cette notion d’extrême ne me plaisait déjà pas trop. So, I said, just go and see by myself (vous avez vu je suis quasi bilingue 😉 pensée pour notre super prof Mara.
Aujourd’hui, alors que se termine notre périple dans le Rajasthan, je me sens entre deux eaux, partagée, perplexe, interrogative. Ce pays me bouscule, me fait découvrir un monde que je ne connaissais pas, un univers difficile à décrire tellement il est complexe.
Nous terminons par la ville d’Agra, à quelques heures au sud de Delhi.
En cette fin d’après midi, nous sommes allés nous promener dans les rues de cette ville. Il faut vous dire que dans ce genre de ville, peu de personnes marchent. Il n’y a pour ainsi dire aucun trottoir et tout le monde circule en rickshaw ou en moto. Mais avec Eric, pas le choix, pour découvrir une ville il faut marcher. On est pas du genre à s’en laisser conter avec Coline, mais parfois on fait des concessions (qu’on regrette rapidement il est vrai !).
Le nom d’Agra ne vous dit peut être rien, celui  du Taj Mahal résonnera sans doute davantage. Le monde entier se presse pour venir contempler cette merveille, 7 millions de personnes par an parait-il.
La veille de visiter ce must, nous partîmes donc en exploration. Pendant cette balade, j’étais très mal à l’aise. Éric nous a emmené dans des toutes petites rues. Je nous sentais observés par mille paires d’yeux. En marchant, nous devions jongler entre les bouses de vaches et les vaches elles-mêmes, les chiens errants à la pelle, les indiens pressés à pied, à vélo, en rickshaw. Les rues étaient sales, poussiéreuses, pleines d’ immondices. Éric nous sentant sur le qui vive, nous disait qu il faut venir voir l’Inde de l’intérieur, sortir de notre zone de confort, et moi je me demandais vraiment ce que je faisais là. Je me sentais intrusive, pas du tout à ma place.
Pourtant une petite voix intérieure me disait : « Est-ce que venir à Agra, ce ne peut être que visiter le Taj Mahal ? Est-ce que cela a un sens tous ces millions de touristes qui ne font que passer une journée ici pour se prendre en photo au lever ou au coucher du soleil face à ce monument ? Pourquoi suis-je prête, moi comme tant d’autres, à me lever à 5h du matin pour contempler cet édifice et poser comme Lady Di l’avait fait en son temps, seule sur son banc, sans son Charles qui ne pensait déjà qu’à sa Camilla ? »
Et bim voilà de belles photos devant le Taj Mahal au lever du soleil. Je vous entends vous esbaudir : mais qu’elles sont belles ! Bon, ce n’est pas nous les amis, c’est le monument derrière qui nous met en valeur.
Est-ce la beauté des monuments que je suis venue chercher en Inde, ou n’est-ce pas plutôt la beauté des gens malgré la crasse, malgré les rues jonchées d’ordures, malgré la misère qui me saute aux yeux et qui me met tellement mal à l’ aise ?
Quittons Agra et pour simplifier mon récit, je vais essayer de vous raconter ce qui me touche et ce qui me perturbe dans ce pays.
J’aime…
J’aime la beauté des gens. Je ne sais si ce sont les couleurs des saris des femmes, le sourire des enfants toujours heureux de nous dire hello et de nous serrer la main, leur façon d’être au monde en général, mais oui ce peuple me touche.
J’aime me balader en rickshaw dans les petites rues des villes. J’aime ce mélange de peur et de joie qui m’envahit. Je reste une éternelle enfant au fond aimant les sensations fortes. Cela me rappelle que je suis en vie.
J’aime regarder les gens vivre dans leur quotidien. Ils sont affairés, travailleurs, engagés corps et âmes.
J’aime rire avec Coline en voyant des énormes singes partout sur les toits, et prier pour qu’on ait bien fermé la fenêtre de la guest house, parce que vu la tronche des monkeys, on a pas follement envie de leur serrer la paluche ni de les retrouver dans notre lit.
J’aime la force de vie qui se dégage de ce pays. Ces gens en mouvement ou assis devant chez eux à attendre on ne sait quoi. Ils se parlent, s’apostrophent, rigolent.
J’aime moins…
J’aime moins le sentiment de nous faire rouler dans la farine à tout bout de champ. A force, on est devenus experts en négociation et on a un peu compris les codes mais quand même j’aime pas.
Quelques exemples :
Traverser une rue à double sens relève souvent d’une épreuve des jeux olympiques. La plupart du temps, on se met en ligne et on s’élance tous les trois en courant, espérant qu’on sera tous vivants et entiers à l’arrivée. Y’a quand même un gars qui a voulu qu’on le paye, parce qu’il croyait nous avoir aidé à traverser. Non mais faut pas pousser. On est des warriors nous, on n’a besoin de personne. Ce gentil indien ne sait pas qu’on s’est drôlement exercé en Jordanie et en Iran. La question est plutôt, arriverons-nous à traverser aux passages cloutés de retour en France ? Ou en aurons-nous seulement envie ? Bref qu’on me demande de l’argent pour traverser une rue, j’aime pas.
Une autre fois, un garde dans un fort nous fait signe de le suivre. Nous, on croit toujours en la beauté de l’âme humaine et on se dit donc : « Tiens un garde sympa qui s’ennuie un peu, et qui voit en nous l’occasion de faire sa BA du jour, en nous montrant un coin insolite du fort ». Ni une ni deux, nous on le suit. Un garde en uniforme de l’armée, c’est forcément honnête non ?…eh ben non ! Le gars nous fait prendre des escaliers, et on n’en finit pas de monter. On se regarde de temps en temps tous les trois, étonnés de s’isoler de plus en plus des autres touristes. En réalité, ce garde espérait bien une petite récompense pour nous avoir ainsi baladé dans son fort. Quand on a compris l’entourloupe, on s’est taillé en courant dans la multitude d’escaliers à notre disposition. Et on l’a semé, si, si. Nous les jeux de piste on aime ça, on n’est pas scouts pour rien. A l’heure qu’il est si ça se trouve, il nous cherche encore !
Des exemples comme ça, on en a plein. Désormais les coups foireux on les renifle de loin. Comme les jours où on débarque d’un train où d’un bus avec nos sacs à dos et où on est facilement repérable. Et on les voit venir à des kms les rabatteurs pour rickshaw, les vendeurs de je ne sais quoi. Avec Coline on les snobe avec plaisir. Éric ne peut s’empêcher d’être aimable tout en refusant…ah la la pas facile de voyager avec Éric, il a un trop grand cœur.
Dans la série, j’aime pas, je continue :
J’aime pas trop voir toutes ces ordures partout. Je me demande quelles solutions un si grand pays peut trouver pour préserver la planète. Cela me parait presque impossible. Comment faire ? Qui va prendre des initiatives pour sauver notre si belle terre et protéger ses habitants ?
J’aime pas trop le bruit incessant. Ne pas pouvoir se parler dans la rue tellement tout le monde klaxonne sans arrêt.
J’aime pas trop voir des enfants mendier dans la rue, ni voir des gens dormir n’importe où. Je n’ai jamais su poser un regard vrai dans ce genre de situation. D’où Mère Teresa tenait-elle sa force de compassion ?
     JODPHUR, la cité bleue
A l’heure du premier bilan de notre séjour en Inde, je sens que je n’ai  pas trouvé ce que j’étais venue chercher. J’imaginais les beaux palais des maharadjas, des cités des mille et une nuits, des vues à couper le souffle. Je n’ai trouvé bien souvent que des palais vides, abîmés de l’extérieur comme de l’intérieur, des histoires de vie pas très enviables. Que penser de tous ces maharadjas qui pouvaient avoir 200 femmes et autant de concubines. Ces mêmes malheureuses qui ne pouvaient sortir du palais, surveillées de près par des eunuques, et qui en plus devaient s’immoler si le maharadja mourrait. Ça en dit long sur le statut de la femme, et sur son importance.
Non, décidément, ce pays me met la tête à l’envers, et je sens que je commence à me laisser transformer par ce voyage. C’est plutôt bon signe non de trouver autre chose que ce que l’on pensait ? Accepter de baisser la garde et voir au-delà des apparences.
UDAIPUR, le City Palace
Lorsque nous reviendrons en Inde en novembre, nous irons au bord du Gange, ce fleuve sacré pour les hindous. Ce lieu qui parle aussi bien de vie que de mort. Ce sera un moment fort je n’en doute pas. La mort, je l’ai côtoyée de près et je n’en ai pas peur. J’ai envie de comprendre comment les hindous perçoivent ce passage de la vie à la mort.
A suivre donc…
Elisabeth

2 commentaires sur “Inde, surprenante et déconcertante

  1. Merci à vous pour ce partage…. Je vous suis avec envie.. Merci pour tous ces détails.. Ces descriptions et photos…. Profitez profitez de cette belle aventure !!!
    Bizzzzzousss à vous
    Françoise LEGARD
    Ps : je me suis permise de partager ce blog avec un ami grand aventurier qui projette de partir lui aussi pour un tour du monde…. Je pense qu il vous posera qq questions
    😉😉😉😉.. Bonne route les amis !!!!

  2. Belle Elisabeth… tu ouvres la communication sur ton ressenti de votre passage en Inde avec tant d’honnêteté que cela me’ touche profondement. Pas de claques binaires entre j’adore ou je déteste’ mais tu va plus profondement sur ce qui fait écho en toi, en tant qu’étrangère de passage, en tant que femme, en tant que citoyenne du monde…. tu questionnes, tu cherches. C’est une ouverture aux réalités du voyage qui brasse fort fort intérieurement. Il y a des zones en Inde qui sont moins oppressantes notamment dans les montagnes au nord, au Kerala au sud, vers Goa à l’ouest… Et il y a ce rapport à l’autre qui cherche à truander, à vendre sa mère pour trois roupies… dur dur de devoir se blinder mais bon c’est un des’ choix possibles pour tracer son chemin !
    Vous êtes sans doute déjà au Népal. Il y a moins de pression et la gentillesse des népalais est réelle. Puissiez vous avoir du beau et bon temps pour marcher là bas. Est ce une étape de « vacances » ? Comment est ce qu’Eric tient le coup avec son dos ? Je pense fort fort à vous et je vous imagine heureux et détendus dans cette étape.
    En Europe il y a eu qqch que j’ai trouvé magnifique : en Allemagne, après plusieurs événements sectaires et franchement racistes il y a eu un rassemblement de gens à Berlin qui sont descendus dans la rue pour affirmer : « nous sommes indivisibles »
    Cela dépasse « l’indignation » et met l’accent sur l’unité des différences, sur la réalité de la société riche de diversités multiples. J’avais à cœur de partager cela avec vous. Nous sommes indivisibles !
    Mille pensées vous accompagnent tous les trois. Bises géantes ! Élisabeth

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