Mukesh, mon nouvel ami indien

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Elisabeth et c’est vrai, nous avons passé la majeure partie de notre voyage en bus (9h) à échanger.

Jodpur : nous sommes assis en plein soleil par une chaleur accablante, sur des bancs en fer au carrefour de deux grands axes. Après un échange rapide et fort avec deux jeunes françaises (qui prennent un bus pour aller dans l’autre sens), je comprends que le jeune homme à côté d’elles, est ouvert à la discussion. Je lui demande où il va et nous nous dirigeons vers la même ville. Le bus arrive et le temps de traverser la -dangereuse- rue, je sais déjà plein de choses sur lui.

Il vit à Abou Dabi, il est musicien et nous trouvons une place l’un à côté de l’autre dans ce drôle de bus.

Belle rencontre avec ce jeune homme de 28 ans, curieux de tout et à la belle énergie. Il parle un bon français même si son accent m’oblige à parfois lui faire répéter. L’anglais lui permettra de trouver les justes expressions.

C’est au bout de quelques minutes que j’apprendrais qu’il est indien et originaire de Jodpur. Le hasard veut que le bus passe à quelques centaines de mètres de chez lui, ce qui accroît la complicité. Dès 17 ans, il a eu envie de voyager un peu contre l’avis de sa famille. Son père est décédé quelques années auparavant et il est mû par cette envie de découvrir l’Inde et le monde. Il fera des études d’histoire et de musique.

Il me raconte, avec les yeux qui pétillent, son voyage en France il y a deux ans. Il est passé par Nantes, Rennes et plein d’autres villes. Il semblerait qu’un bienfaiteur lui ait offert ce voyage et il s’est débrouillé pour trouver des hébergements et faire du stop.

Il a étudié le français tardivement en se trouvant un professeur. Comme il croit dans sa bonne étoile -musicale-, il a même pu visiter les bureaux d’Universal et rencontrer Pascal Nègre. Il nous demande d’écouter sa composition et veut notre avis. C’est sympa à écouter mais cela ne fera pas un carton en France, surtout avec des paroles en hindi.

Lors du fameux changement de bus, il me réserve une place et se fait prendre la sienne. Il ne s’énerve pas et prend la situation avec philosophie. Il se retrouve debout, puis deviendra contorsionniste dans une couchette en hauteur. Bien sûr, on a échangé nos places ensuite et pris le temps de parler de tant de choses. Pour -bien- gagner sa vie aux Emirats Arabes Unis, il est graphiste et sa vie lui plaît. Il aimerait aussi fonder une famille.

Nous échangeons sur les indiens et il me donne plein de clés pour comprendre ce pays. On parle aussi de la France et des français, il trouve que nous avons de la chance de vivre dans un si beau pays, avec de l’eau, des forêts, de quoi nourrir tout le monde, la sécurité sociale, de belles villes et plein d’autres choses. Il me parle des sans domiciles fixes en France et trouve qu’ils pourraient se bouger un peu et me dit : «En Inde, ceux qui sont très pauvres n’y peuvent pas grand chose, c’est très dur pour eux, alors qu’en France les SDF pourraient chercher du travail, ils ont même des beaux téléphones, de quoi manger….c’est leur responsabilité ». Je dois bien avouer que pendant quelques secondes, j’ai eu un temps d’arrêt. J’ai pu lui expliquer que pour avoir côtoyé des SDF, leur situation n’est pas si simple.

On parle aussi de la tristesse des français par rapport à une forme d’énergie que j’observe en Inde. Il a ces mots pour illustrer notre problème : «Vous manquez de motivation ».

Toutes nos réflexions de la journée m’ouvrent vers de nouvelles manières de regarder la vie. Cette journée dans ce bus fut si intense et forte en enseignements.

Juste avant de descendre du bus, j’ai pu chaleureusement lui serrer la main et lui souhaiter une belle vie à venir. Sa façon d’être avec les autres, de leur parler, de prendre le temps, était un beau cadeau et un concentré d’énergies partagées.

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