Le Moyen-Orient

Le Moyen-Orient

Plutôt que d’écrire sur chacun des pays du Moyen-Orient que nous avons visité, je fais le choix de vous partager des réflexions communes.

  • La place de la femme

Bon, on ne va pas se mentir, il fait bon vivre en France. Dans un pays comme l’Iran, j’ai souvent envie de dire aux hommes : ouh ouh je suis là, je sais que je ne suis pas bien grande en taille mais je ne suis quand même pas transparente à ce point ! Cette manie qu’ils ont de ne s’adresser qu’à Eric m’a un peu agacé. J’ai fini par demander à un iranien pourquoi ils ne me calculaient pas en général. Sa réponse nous a un peu étonné et j’ai du mal à le croire. Ce serait parce qu’ils ont peur qu’Eric soit jaloux ! Ben voyons, un peu trop facile. Du coup, Eric va les rassurer tout de suite sur ce point, on verra bien si leur comportement change. Cela démontre quand même une certaine vision du couple où la femme ne serait qu’objet de convoitise.

Le port du foulard en Iran me laisse perplexe. Quand nous avons programmé notre passage dans ce pays, nous nous amusions avec Coline à essayer de mettre le voile devant notre miroir. Très vite en réalité cela ne m’a plus fait rire. Personnellement déjà, ceux qui me connaissent bien, savent qu’il est difficile de m’imposer quelque chose que je n’ai pas choisi. Porter toute la journée ce voile par cette chaleur est en fait plus une gêne qu’autre chose. Plusieurs situations cocasses : alors que nous avions pris un train couchette, me prit à deux heures du matin l’envie d’aller aux toilettes. Je m’habille doucement pour ne pas réveiller les autres voyageurs et juste avant de sortir du compartiment, je me dis, et m…où il est ce foutu foulard ! Me voilà donc en train de faire tout un ramdam pour le trouver. Evidemment je n’ai croisé personne à cette heure-ci mais cela montre que j’étais déjà un peu conditionnée par le regard des autres.

Une autre fois, un marchand nous indique que dans son magasin on peut enlever le voile. On ne se le fait pas dire deux fois avec Coline. Sauf qu’en sortant, on oublie de le remettre. Le marchand a vite fait de nous rappeler à l’ordre. Bref, tout ce qui n’est pas un choix est une contrainte.

Notre situation est anecdotique bien sûr, nous ne faisons que passer dans ce pays. Et même si les femmes à Téhéran le portent élégamment et laissent volontiers leurs cheveux dépasser, combien de femmes portent le tchador noir intégral. Que d’habits noirs dans ce pays.

J’ai du mal à comprendre pourquoi les femmes doivent se cacher ainsi alors que les hommes font absolument ce qu’ils veulent. On aura beau me répondre autre culture autre vision, je n’y crois pas.

En Israël, dans la communauté ultra orthodoxe, la place de la femme est paradoxale. Bien souvent c’est elle qui travaille et ramène de l’argent au foyer tandis que l’homme passe ses journées à étudier et à prier. Non seulement elle travaille mais c’est elle qui a la charge des enfants. Et quand on voit la tribu dont elle a la charge on imagine qu’elle n’a pas le temps de regarder Netflix à ses heures perdues. Quand nous étions dans le quartier ultra orthodoxe de Jérusalem, nous comptions à chaque fois que nous croisions une femme, combien d’enfants elle avait autour d’elle. Moi qui pensais être mère de famille nombreuse, je suis tombée de haut. Petite joueuse je suis. Dans ce quartier où nous étions les seuls touristes, autant vous dire que l’ambiance n’était pas à la rigolade. En fait, je pense que l’humour n’a pas droit de cité ici. Tu veux rire, tu aimes la vie, alors passe ton chemin. Ici-bas, la bonheur n’a pas sa place. Au bout d’un moment nous nous sentions franchement de trop. Forcément nous n’avions pas le bon code vestimentaire. Et puis tous ces regards sur nous c’est assez déstabilisant. Avec Coline on se cachait derrière Eric, facile vu sa taille. Et quand on est sorti du quartier on a poussé un grand ouf de soulagement.

  • Les paysages

On voulait du dépaysement, on est servi. Déserts, mers, lacs, montagnes.

C’est si différent de la France. Une bonne chaleur mais supportable. Dès que nous pouvons nous nous baignons. Nous nous souviendrons longtemps de notre baignade dans la mer Méditerranée à Tel Aviv. La sensation d’entrer dans un bain chaud est si agréable surtout au coucher du soleil. Nous venions de faire un tour en vélo dans la ville, Coline n’était pas loin du malaise tellement il faisait chaud ce jour-là. Ce petit plouf fut donc une bonne récompense pour nos efforts.

J’attendais avec impatience de me baigner dans la mer Morte. Je n’ai pas été déçue. On n’y reste pas longtemps, une dizaine de minutes à chaque fois. Mais c’est tellement drôle de flotter ainsi. Nous avons bien essayé de nager sur le ventre mais nous étions tellement ridicules qu’on a vite viré sur le dos. Les gens autour de nous se mettaient ensuite de la boue sur tout le corps, on a donc fait de même avec Coline. Eric lui ça ne l’amuse pas ce genre d’enfantillage;-) Les vertus pour la peau sont certainement fabuleuses…

Le désert jordanien, le Wadi Rum fut une expérience extraordinaire.

Les levers et couchers de soleil, les canyons, les arches, le thé,le silence, la sensation d’être vivant.

La rencontre avec les Bédouins bien sûr. La nourriture si bonne cuite dans la terre.

Une certitude, nous reviendrons marcher dans le Wadi Rum.

Pétra.

Deux sensations me reviennent en évoquant Pétra. D’abord la beauté, la splendeur du lieu. On est tout petit face à tant de beauté. La montée au monastère avec ses 800 marches à gravir au petit matin restera un bon souvenir. On se dit que l’homme est capable de bâtir tant de belles choses.

L’autre sensation est plus désagréable. Haut lieu touristique, même si peu de monde finalement quand nous y étions, induit un jeu tout simple que j’appellerai : attrape-touristes. Alors qu’on rêverait de contempler en silence ce site, on ne peut rester deux secondes sans se faire proposer un guide, une babiole made in china à acheter. On a presque failli devenir folle avec Coline avec leurs questions : Do you want to buy something ! Mais non, nous on veut rien ! On veut juste regarder, admirer. Des centaines de chats et de chiens se baladent sur le site et même les animaux venaient contre nous et quémandaient à manger. Là j’avoue ça nous a fait exploser de rire !

Le muezzin

Eric vous en a déjà parlé. Comme lui, je dirai que Jean Dujardin nous a sauvé la mise. Tous les matins vers 4h30, je pensais tellement fort à lui dans OSS117, que ma journée était sauvée. Je m’imaginais tellement monter dans un minaret et dire ma façon de penser à ce pauvre muezzin. A force, j’arrivais à reconnaître les bons chanteurs. A Jérusalem, le muezzin m’a beaucoup émue.

Jérusalem

Comme beaucoup je suis complètement tombée sous le charme de cette ville. Nous avions un logement dans la vieille ville et je le conseillerai vraiment à tout le monde. Etre au cœur de ce qui se vit dans cet endroit est fabuleux. Se balader dans les différents quartiers, sentir les communautés qui se touchent sans parfois se connaître, visiter les lieux de culte si impressionnants, sentir une ferveur religieuse comme nul part ailleurs. Passer du mur des lamentations au St Sépulcre, du Dôme du Rocher à une synagogue, d’une église arménienne à l’esplanade des mosquées. M’asseoir dans l’église ste Anne et rester un long moment à écouter des personnes de tout pays venir tester l’acoustique des lieux, chacun chantant dans sa langue.

Jérusalem, voilà une ville où je reviendrai me perdre.

La rencontre avec Henriette notre guide dont Eric vous a parlé, a été pour moi un moi un moment très fort. J’ai adoré le naturel de cette femme et sa culture si grande.

Un musée qui m’a marqué :

A Tel Aviv nous avons visité le musée consacré à Yitzhak Rabin. A travers sa vie, c’est toute l’histoire d’Israël qui nous est contée. Un très beau moment dans ce musée très bien conçu. Dans la dernière salle, des vidéos nous montrent l’annonce de son assassinat et son enterrement. Les grands de ce monde qui y assistent, la dignité de sa femme et surtout les larmes de sa petite fille pleurant son grand-père. Yves Duteil en avait fait une très belle chanson que je vous partage.

Grand père Yitzhak par Yves Duteil

Il a chanté ses chansons,
Veillé sur elle au salon.
Il écoutait ses poèmes,
Expliquait bien les problèmes.

Ensemble autour de la rade,
Ils s’en allaient en balade.
Si ses parents la grondaient quelquefois,
Elle se cachait dans ses bras.

Il avait fait la guerre, autrefois,
Mais n’en parlait presque pas.
Elle pense à lui chaque jour
Mais n’attend plus son retour.

Quand il partait en voyage,
Il écrivait quelques pages.
Parfois si tendre et secret,
C’était ainsi qu’elle l’aimait.

Elle était grande et pourtant,
On aurait dit une enfant,
Une petite fille qui pleurait son grand-père
Devant les grands de la terre.

Entre les larmes, elle disait
Que jamais nos regrets
Ne lui ramèneraient,
Malgré les Princes et les Rois,
Tout son bonheur d’autrefois.

Elle dessinait sa maison
Avec au loin l’horizon.
Il ajoutait dans le ciel
Une colombe, un soleil.

C’était pour elle qu’il voulait
Tendre la main vers la paix
Et regarder les enfants désunis
Sortir enfin de la nuit.

Il était grave et sérieux parfois
Et elle ne comprenait pas.
Elle pense à lui chaque jour
Mais n’attend plus son retour.

Entre les larmes, elle savait
Qu’aucun hymne à la paix
Ne lui ramènerait,

Malgré l’espoir et la foi,
Tout ce bonheur d’autrefois.»

J’aurais envie de vous en dire encore tellement…mais je vais m’arrêter ici.

A l’heure où je vous écris, nous sommes arrivés dans un tout petit village d’Iran, Varzaneh. Nous avons été accueillis par Mohammad qui nous parle un peu en français, un peu en anglais. Avec lui nous allons découvrir le désert iranien. Aller dormir à la belle étoile, aller contempler le lever et le coucher du soleil, découvrir comment vivent les gens d’ici. Nous sommes impatients et si heureux.

Après le bruit incessant de Téhéran et d’Ispahan, nous trouvons ici un havre de paix. Loin des vendeurs de tapis d’Ispahan qui commençaient à me prendre la tête, je retrouve ici une relation vraie.

Je vous embrasse tous et chacun comme d’habitude:-)

Elisabeth

9 commentaires sur “Le Moyen-Orient

  1. Merci pour ce beau récit.
    Je ne connais qu’ Eric mais l’ espace d un instant je me suis sentie près de vous et avec vous dans ces merveilleux moments de vie que vous décrivez si bien.
    J’ai aussi le goût des voyages, je sais combien ils nous font grandir autant par le frisson des paysages que par la découverte de l’autre.
    Je vous souhaite à tous les 3 beaucoup d’immensite d éveil des sens et de plénitude…

  2. Après une journée de travail, quelle bouffée d’oxygene que de lire vos réflexion sur cette aventure.
    Merci et vous remercie

  3. Merci Elisabeth pour cette découverte partagée.
    Merci de nourrir notre réflexion aussi !
    Et ça fait tellement plaisir de vous lire, la « petite » inquiétude du silence est levée !
    bonne route !

  4. J ‘aime ta lire Eisabeth! un peu l’impression d’être la aussi et de sentir de quoi tu parles!! bisous de Nantes!

  5. toujours aussi bien écrit .. tu devrais faire des livres 😉
    cela nous donne envie de nous replonger dans l ‘histoire de tous ces pays …..
    je vous embrasse tous les 3

  6. Je viens de lire vos différents comptes-rendus et dois avouer avoir été émerveillée. Cependant, ce qui m’a vraiment réjouie c’est de lire  » nous sommes…si heureux »
    Impatiente de lire la suite…
    Je vous embrasse tous les trois

  7. c est dimanche et je prends enfin le temps de vous lire et re re …lire.Merci de partager vos merveilleux récits.
    Hâte pour la suite mieux que Netflix:)
    Je vous embrasse

  8. Bonjour Eric & Elisabeth!!
    J’ai mis votre blog en raccourci sur mon PC, dès l’annonce de votre tour du monde!
    C’est magique! Qu’une envie, voyager à mon tour!
    Je vous embrasse et vous remercie pour tout ce que vous faites!
    Que du Bonheur et du bien!

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