Iran, point d’étape à mi parcours

Cela va être compliqué, si nous sommes fascinés à chaque fois que nous voyageons dans un pays.

L’Iran bien sûr, nous en avons tous des représentations différentes, inquiétantes et avec de nombreux préjugés… négatifs et positifs. Pays des Mollahs, des femmes voilées, des manifestations réprimées dans la violence (il y a quelques mois) et aussi des poètes, des arts et du raffinement.

C’est assez simple, dès que nous sommes en dehors des circuits touristiques les gens sont d’une très grande gentillesse avec nous, très curieux d’un autre monde et de l’intérêt que l’on porte à leur pays. Ils veulent savoir ce que l’on pense d’eux. Parallèlement ils sont directs dans leurs questions. Ici c’est un jeune qui nous aide pour trouver un snapp taxi (pendant 15mn), là c’est un autre qui nous emmène de notre auberge de jeunesse à la gare routière et qui refuse que je le paie (et pourtant j’ai insisté)…. alors que le tarif était prévu en amont. C’est un bus entier et plein qui nous attend avec le chauffeur qui vient nous chercher à pied de l’autre côté de la route.
Bien sûr, aux endroits touristiques et comme le touriste se fait rare, nous sommes un peu attendus. C’est un étudiant tout gentil…. qui finit par nous demander s’il peut habiter chez nous en France. … déçu de savoir que nous ne rentrons pas tout de suite. Cela énerve un peu Élisabeth, je commence à m’en amuser.

Lorsque nous sommes ensemble ils ne s’adressent qu’à moi. Nous pensions que c’était parce que je suis un homme et le « vieux ». C’est en partie la raison mais nous apprenons que c’est aussi parce que si un homme parle à une femme le mari pourrait être très jaloux. Il reste que je suis le seul a qui on serre la main.
On pose des questions sur la condition des femmes…. on nous répond que dans la sphère privée c’est vraiment d’égal à égal. Dans les grandes villes et les beaux quartiers de Téhéran les femmes soignent leur tenue, mettent de la couleur et portent le voile sur le denier tiers de la tête. On a même surpris plusieurs femmes dans un jardin public -désert- sans le voile et le remettre à notre arrivée, puis l’enlever à nouveau lorsqu’elles avaient validé notre statut d’étrangers.
Il reste que dans certaines villes ce sont des cohortes de femmes, jeunes filles et enfants qui portent le tchador, voile avec une grande cape noire (avec visage decouvert). On a l’impression que tout le monde est en deuil. D’ailleurs les hommes sont en noir voire en gris.
On sent aussi cette aspiration des jeunes citadins à se libérer de toutes ces contraintes. Ils ont internet et contournent les interdictions en changeant le VPN de leurs ordinateurs et tel potables.
Deux mondes cohabitent.
Dernier point sur les filles et les femmes, elles représentent 70% des étudiants à l’université et seraient plus de la moitié à travailler par la suite. Cela nous renseigne sur leur aspiration à imaginer autre chose.
Autre point, le mariage serait parfois une contrainte pour certains hommes. Information que nous n’avons pas pu vérifier, les hommes donnent de l’argent lors du mariage et en cas de divorce cela leur coûterait cher.
Pour eux c’est compliqué de rencontrer les personnes de l’autre sexe, les lieux sont réservés aux femmes ou aux hommes. Il y a même des wagons dans le métro réservés aux femmes. Les différentes raisons varient : certains disent que c’est pour qu’elles soient tranquilles et d’autres pour qu’elles ne se mélangent pas avec les hommes. Un peu des deux peut être ? Situation cocasse où avec Samuel nous nous sommes retrouvés dans le mauvais compartiment. .. et nous avons dû nous mettre à plat ventre pour revenir du bon côté. Les femmes se sont bien moquées de nous.
Paradoxe de cette société, dans les transports les gens se laissent passer, proposent leur place aux plus vieux dont moi, vous abordent pour vous guider dans le métro. …. Et puis lorsque vous êtes dans la rue, c’est la jungle au niveau de la circulation, mais personne ne crie ou insulte l’autre. C’est la loi du plus « gros » (camion, bus, voiture, moto, vélo puis piéton !). C’est comme cela et on ne voit pas d’accidents. Mobylettes et motos se conduisent sans casque…. et on voit des papis à fond au milieu de cette folie. Ils sont souvent trois sur un deux roues et on a même vu un bébé dans les bras de sa mère dans une circulation de malade la nuit ! Ils doivent s’en remettre à Dieu, ce n’est pas possible autrement. Quoi qu’il en soit ils font tous preuve d’une grande dextérité au volant et ont développé un grand sens de l’observation des autres conducteurs. J’apprends beaucoup.

Il reste que cette société traverse une profonde crise depuis presque un an et les sanctions américaines (mai 2018) liées au retrait des américains de l’accord de 2015 sur le nucléaire.

Les entreprises françaises et du monde entier se sont retirées par peur des sanctions américaines. Plein de personnes se retrouvent au chômage et c’est le système D qui prend le relais. Tout le monde s’improvise chauffeur de taxi, vendeur en tout genre et cela créé une certaine tension.
Nous avons vécu un moment particulier à Téhéran le jour ou nous voulions changer de l’argent. C’était le plus bas cours du Rial depuis de nombreuses années. Nous étions dans le quartier des banques et des bureaux de change. Vent de panique et de nombreuses personnes voulaient aller dans les banques. Elles étaient fermées. Des militaires ont été postés aux entrées des bouches de métro et on nous proposait de changer nos euros ou dollars contre des Rials. C’est un peu flippant et il faut agir vite et ne pas stationner une fois que l’on a la grosse liasse de billets (50 € représentait 10 000 000 de Rials !!).
Et à Ispahan nous n’avons pas trouvé de bureau de change ouvert, seule une cinquantaine (voire 100) de vendeurs proposaient dans la rue des Rials. Après plusieurs tentatives d’échange dans la rue, c’est finalement avec le chauffeur de taxi que nous négocions. Il s’arrête une fois que nous sommes d’accord et va chercher dans son coffre l’argent. C’est surréaliste… et interdit mais personne n’a le choix. Le cours du Rial revient à un niveau plus correct et le vent de panique va décroître. … On l’espère.

Dernier point : les jeunes n’ont qu’une aspiration ; partir a l’étranger pour étudier et/ou trouver du travail.

Alors bien sûr on peut être en colère contre Trump, mais aussi contre les dirigeants iraniens. Pourquoi veulent ils tant développer le nucléaire (civil mon œil !) alors qu’il ont des ressources en pétrole et en gaz incroyables.
J’ai un point de vue qui n’engage que moi : le régime en place depuis 40 ans n’a pas du tout intérêt à ce que les gens s’enrichissent et s’émancipent ensuite.
Les personnes croisées sont très critiques et c’est un sport national d’être contre les dirigeants. Bon c’est un peu partout dans le monde !

Quels contrastes et gâchis dans ce si beau pays et avec des gens si sympas.

Autre point et question pour laquelle je n’ai pas de réponse. Comment un pays qui semble si pacifique dans les relations quotidiennes peut il être si belliqueux vis à vis d’autres pays en appelant au meurtre par exemple ?
Jamais pour l’instant nous nous sommes sentis en danger. C’est partagé par tous les voyageurs rencontrés.

2 commentaires sur “Iran, point d’étape à mi parcours

  1. Bonjour,
    J’ai regardé votre blog et je le trouve vraiment super !
    Je trouve que vous faites un très beau voyage, continuez comme ça !
    Profitez à fond ! Je vous suis.
    Bon voyage,
    Célia

  2. Nouvelle petite prise de parole et de pensée vers vous trois.
    Vos photos sont superbes et donnent envie d’aller voir ,en personne ; ce que je ne pourrais faire mais je profite de votre regard attentif.
    L’été indien parisien est si agréable que je souhaite qu’il dure encore un peu….. mais quand je vois le manque incroyable d’eau dans les cultures près de ma maison de campagne, quand je vois que les betteraves arrachées sont minables et que les agriculteurs vont perdre 40% de leur récolte, je me défends davantage d’être égoïste. Vive la lumière du ciel ; mais il y faudrait aussi un peu plus d’eau pour tous, déserts y compris
    Continuez bien votre route et continuez d’analyser et de transmettre. Merci.

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