Le premier jour du reste de ma vie (fin de l’aventure… ou début ?)

L’aventure de presque un an (341 jours) a pris fin hier soir, avec une émotion certaine. J’ai traversé l’agréable et douce ville de Nantes sous un soleil magnifique et avec une belle énergie, après plus de 2942 kms parcourus à vélo.

Certes, j’aurais pu intituler ce post « le dernier jour d’une année extraordinaire », mais je préfère la version tournée vers le futur.

Ce périple en solitaire à vélo, à travers une partie de la France, a été d’une richesse incroyable. De plus, comme je le disais dans le précédent post, écouter mon intuition (et mon envie) fut la bonne voix…. et voie à suivre.

Les rencontres ont été nombreuses et parfois éphémères (même si j’ai gardé quelques contacts) avec des personnes si différentes. Saluer et dire bonjour à toutes les personnes croisées, à vélo, à pied, un peu partout, ouvre tant les personnes. Je parlais de la méfiance bien présente en France pour le premier contact, là j’ai pu sentir l’aspiration de plusieurs personnes à ce que la glace soit brisée pour les sortir de leur solitude (subie généralement). Souvent assis sur des bancs publics -pour me reposer ou déjeuner-, des oubliés de la vie ou personnes en grande précarités sont venues me proposer du « remontant » pour me redonner des forces. J’avais commencé un peu partout à travers le monde, là je le fais systématiquement, un regard et/ou un bonjour aux personnes de la rue, produit chez elles quelque chose de très positif.

C’est ce qui m’a frappé pendant ce mois de voyage, c’est une France si diverse, bigarrée et à tous les niveaux. J’ai traversé 27 départements, des hameaux, villages, bourgs et grandes villes, des cités (médiévales ou populaires), les campagnes, les montagnes, des bords de mer…

A chaque fois, les populations y sont bien différentes et avec des préoccupations -si- éloignées.

Pendant mes pauses, j’ai observé les personnes autour de moi. Juste en les regardant se mouvoir, j’ai pu voir et parfois comprendre des personnes à l’air préoccupé, à l’énergie faible et en souffrance (physique et psychologique). Peut être ai-je développé au cours de cette année, une faculté à « lire » les personnes et là, de retour chez nous, j’ai été frappé par une forme de malaise global qui traverse notre société. A nouveau familier avec notre langue, j’ai pu capter avec plus de finesse -qu’à l’étranger-, les nuances de celle-ci. Que ce soit, dans la rue, les magasins, les campings, de nombreuses personnes se parlent mal et avec une certaine agressivité (et souvent avec les enfants).

Notre société d’hyper-loisirs bat son plein et semble être le nirvana existentiel pour beaucoup. Loin de moi la volonté de jouer le vieux con rétrograde, mais si quelqu’un arrive à me prouver que cela rend les gens heureux dans la durée, je veux bien le rencontrer et l’écouter. De plus, tout cela me semble aller dans la mauvaise direction lorsque l’on comprend les enjeux climatiques à venir. Le toujours plus, alors que les ressources naturelles se raréfient, semble être encore bien ancré et présent.

A vélo, découvrir -à la vitesse de la tortue- les nombreux sites et paysages est vraiment magique. A plusieurs reprises je suis passé dans des lieux connus -de moi- et que ce soit en train ou en voiture, je n’avais pas vu certains petits bijoux (architecture, paysages, lumières et éclairages changeants…).

Oh que la France est belle et regorge de perles rares ! De plus, au fil des années des sites « moches » ont été embellis, ainsi que de nombreux centre-villes. Je pense à la côte méditerranée dans l’Hérault, où en certains lieux, l’accès aux voitures est interdit et la nature a repris ses droits. Bravo, c’est étonnant !

J’ai adoré me déplacer à mon rythme et sentir les éléments naturels me traverser (par tous les sens). Vivre en pleine nature et au rythme du soleil permet au corps d’être en symbiose avec ce que nous sommes à l’origine. N’oublions pas mère nature, nous en venons.

Chemin faisant et suivant les régions de France, j’ai vu les stigmates d’une société en ébullition pendant notre absence. Souvent, à l’abord de nombreux rond-points, j’ai vu les traces de manifestations des Gilets Jaunes. Le goudron fondu, les slogans -pas tous effacés- contre notre président, des revendications régionalistes en Provence et de nombreux radars vandalisés ou « coffrés ». A plusieurs reprises l’envie m’est venue de les remettre en service (ceux entourés de plastique), mais je n’avais pas le temps et me suis méfié d’une potentielle agressivité irrationnelle. En effet, j’ai souvent posé la question des Gilets Jaunes et j’ai bien senti que le sujet dérange. Je pense à cette professeur des écoles, qui va au travail à vélo, vêtue de son gilet jaune. Elle a été ensuite assimilée aux Gilets Jaunes par une partie de ses élèves (dont les parents sont à fond dans le mouvement), alors qu’elle voulait observer la plus grande neutralité. Il semblerait que cette révolte ait touché la France profonde (ce n’est pas péjoratif) et lui a même redonné sa fierté. Pendant les épisodes durs, j’avais lu beaucoup de choses et d’analyses. Cependant, rien de mieux que de vivre presque de l’intérieur, ce qui se passe. Un samedi, je passe par une petite ville et j’observe un attroupement sur un pont de la ville. Je m’arrête et comprends que c’est une double manifestation, une à la mémoire de Steve (mort à Nantes dans la Loire) et une des Gilets Jaunes. Ils ne sont pas très nombreux (entre 30 et 50) et cela semble avoir du sens et il y a une « cérémonie » avec des textes lancés « pour » Steve dans le cours d’eau qui traverse la ville. Je pars ensuite me poser sur un banc public à 500 mètres de là. Un peu plus tard, le gros de la troupe passe et vient se poser dans un bar juste devant moi. Là, j’écoute et observe la scène. Ça discute politique, démocratie et je comprends une chose essentielle : ils sont différents (plusieurs catégories sociales se côtoient), solidaires et fiers d’appartenir à un groupe qui fait sens. Bien sûr, ceux là n’ont pas tout cassé et personne ne parlera d’eux aux infos ce soir. Cela a confirmé ce que j’ai entendu à plusieurs reprises : cette lutte a généré une entraide, de nouvelles solidarités et redonné de la fierté à certains. Alors évidemment, les nantis avec qui j’ai parlé, m’ont fait part de leur mépris et des désagréments subis. Cela m’a rendu un peu triste, comme s’il y avait les bons et les méchants. Les professionnels du tourisme, qui ont vécu un mauvais mois de juillet, rejettent la faute sur les Gilets Jaunes, mais aucun n’a réussi à m’expliquer le lien de causalité.

Un mois passé sur des routes très variées, représente un danger objectif. De retour des 4 coins du monde, j’ai trouvé que les français conduisent très très bien. Alors bien sûr, à l’approche des grosses agglomérations, cela devient plus périlleux pour le cycliste, surtout sur les grands axes (des 4 voies par exemple !). Mention spéciale pour les Routiers, qui dans 98% des cas sont supers sympas et prévenants avec les cyclistes (bien sûr je les remerciais). En revanche, dès que nous sortons des grands axes routiers, carton jaune voire rouge pour les automobilistes qui se lâchent côté vitesse. Je comprends mieux la polémique sur l’instauration de la limitation à 80 km/h. En France, nous sommes de beaux hypocrites. Sur les grands axes surveillés, la vitesse est modérée, mais sur les petites routes, presque tout le monde se défoule ! Pour aller travailler ou revenir du boulot, je pense que la plupart des automobilistes roulent entre 90 et 120 km/h (parfois plus). Là, pas un radar et jamais de présence de la maréchaussée.

Pour terminer et revenir à mon titre, chaque matin je me suis levé avec cette sensation que je vivais le premier jour du reste de ma vie. Oh que c’est agréable de ressentir cela et cela ouvre de belles perspectives. Essayez.

Cette très belle expérience qui a clôturé cette année exceptionnelle et si riche, a pu être réalisé grâce à Elisabeth, très compréhensive et positive sur ce projet de tour de France à vélo. C’est une chance pour moi.

Comme Elisabeth il y a un mois, c’est le dernier post de nos expériences vécues. Il est possible que d’autres posts soient publiés sur « l’effet après TDM » et ils seront plus à destination des voyageurs ou futurs voyageurs en quête d’informations.

Un grand merci à tous d’avoir voyagé avec nous et ce fut un profond plaisir de partager nos expériences, ressentis et analyses avec vous, tout au long de cette année.

Soyez inspirés et inspirez les autres à votre tour…

Amitiés

PS : la photo du vieux pont de Béziers et de la cathédrale, a beaucoup de sens pour moi et est un hommage, plus de 40 ans après, d’une belle peinture de ma mère, au même endroit.

1 commentaire sur “Le premier jour du reste de ma vie (fin de l’aventure… ou début ?)

  1. Welcome back !!!
    Passionnant de vous lire tout au long de ces mois, y compris le tour de France d’Eric. Je pensais justement à lui qui évoquait dans son livre ses running le long de l’Erdre car je rentrais d’un déjeuner à Sucé sur Erdre. Je me disais qu’il n’allait sans doute pas tarder à rentrer. Et voila, c’est fait, reste maintenant à se réacclimater au quotidien…J’ai trouvé très intéressant son post final sur la société française au fil des coups de pédales et la beauté de notre pays. Regarder, écouter, admirer… c’est gratuit, et donc accessible à tous pour peu que nous levions la tête de nos écrans.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *