Rencontre(s)… avec soi

Bien sûr, au cours de mon périple à vélo , je continue de faire des rencontres, plus ou moins intéressantes, j’en parlerai plus tard.

Rencontre(s) avec soi ; dans mon dernier post je me demandais si j’arriverais à traverser une grande partie des Alpes par les cols d’altitude. Le résultat en soi, n’a pas grand intérêt, en revanche ce que cela m’apprend un peu plus. On connait tous l’adage : « à l’impossible nul n’est tenu », ce qui pourrait être une façon de réviser son ambition à la baisse, en réalité -pour moi- cela me procure une liberté.
Ce qui m’intéresse plus, c’est la façon, pour chacun d’entre nous, de se dépasser et même d’aller plus loin qu’espéré.

Prenons l’exemple du col à franchir. Déjà c’est une aberration de le faire à vélo, cela défie les lois de la physique. Bon, peu entrainé et chargé, cela devient un peu stupide. Dans les faits, pas tant que cela : une fois que les jambes sont habituées à pousser cela devient plus simple. Finalement celles-ci sont presque accessoires, puisque 80% de la réalisation est liée au mental. Et puis, je ne vous cache pas le plaisir -le bonheur ?- d’une descente de col où les voitures semblent au ralenti et où je ne forme plus qu’un avec mon compagnon de voyage. Je dépends de lui, de l’état de la route et de ma concentration.

La rencontre avec soi est essentiellement dans l’ascension, lorsque je me dis : ne lâche pas et que je me fixe des objectifs raisonnables. S’il y a 20 kms à gravir, je sais m’arrêter au premier km pour réguler ma respiration et mon rythme cardiaque sous un soleil de plomb. Ce n’est pas une défaite c’est la rencontre avec les sensations envoyées par l’organisme. Et ainsi de suite jusqu’au sommet. Savoir boire et m’alimenter au bon moment, laisser passer les vrais cyclistes… me dire aussi que j’ai le temps… (quelle chance et quelle liberté !) qu’importe le chrono et prendre mon temps pour y arriver. Alors bien sûr, il y a les coups de mou, où tu poses ton vélo et tu as envie de faire demi-tour pour aller chercher la nationale qui contourne la montagne. Ça aussi c’est important, toujours me dire qu’il existe d’autres options et que rien n’est grave. C’est aussi valable pour la vie de tous les jours.

La grande ambition se nourrit d’objectifs réalistes. Cela semble être une évidence mais pas tant que cela. Alors oui, au commencement il y a le rêve. C’est dans l’imaginaire (qui peut-être ne verra pas le jour) que tout se joue. Je me mets à imaginer ce que la réalisation d’une ambition me procurera. Ça y est vous êtes (alors que vous êtes allongé sur votre lit, ou ailleurs) et vous ressentez le plaisir, la joie et votre satisfaction (pas celle des autres c’est contre productif et aliénant). C’est au moment de la réalisation que la rencontre se produit entre le rêve et la réalité. Ça y est, j’y suis, je visualise. Pour certains cela correspondra à ce qui était imaginé (pour ceux qui aiment bien tout prévoir) et pour d’autres ce sera au-delà. Pour ma part et de plus en plus, j’aime lâcher prise, faire confiance et cela m’offre de belles surprises.

Cette expérience de voyage en solitaire, (à laquelle je ne m’attendais pas) est aussi une rencontre avec soi. Suis-je capable de me débrouiller et de vivre seul et en autonomie pendant plusieurs semaines ? Là aussi c’est une fausse question à laquelle plusieurs femmes tourdumondistes seules, rencontrées, avaient déjà répondu. En partant seul, je peux très bien l’être ou ne pas l’être sur certaines périodes (rencontres, bout de chemin à plusieurs). C’est lorsque je ne m’y attends pas que les rencontres se produisent. Aussi bien avec l’épicier du petit village de montagne que le voyageur. Avec humour, je commence à me « méfier » de ceux qui viennent à ma rencontre… pour parler d’eux. « alors vous venez d’où a vélo ? ». Souvent ils écoutent à peine la réponse et se répandent sur leurs exploits sportifs ! Bon les gars, c’est pas le concours de la plus grosse ! Je suis là pour découvrir, apprendre. Que le français (surtout les hommes) est prévisible ! Pendant le tour du monde nous n’avons jamais rencontré cela, ni avec les habitants, ni avec les français qui explorent.

Alors, c’est vrai que la solitude choisie pour moi, est un vrai plaisir. Seul tu ne peux pas tricher. Et là c’est une nouvelle rencontre. Comment réagit-on lorsqu’il devient compliqué de trouver un coin pour passer la nuit ? Idem lorsque vous découvrez que vous avez posé la tente sur plusieurs trous de vipères (les vipères n’aiment pas le bruit ou les vibrations et sont peureuses). Seul tu dois trouver des solutions, c’est à la fois moins engageant qu’en famille et en même tant il n’y a personne pour te dire que tu fais fausse route.

Au tout début du post j’évoquais les rencontres avec les autres. Celles-ci, pour se réaliser dans de bonnes conditions, nécessitent de passer par la rencontre avec soi. Si cette dernière na pas eu lieu, la relation sera de piètre qualité. C’est la condition sine qua non. Comment se fait il qu’en gravissant le plus haut col des Alpes, lieu de souvenir où 23 ans plus tôt notre Camille de 2 ans pleurait tout le long en voiture, je « tombe » au milieu de nulle part, lors d’une de mes pauses pour me restaurer, sur un breton passionné d’ornithologie, qui au bout de 10 minutes me parle de son fils décédé d’une leucémie ? En quelques minutes nous avons échangé sur l’Essentiel. La belle rencontre se produit parce que deux êtres ont déjà connu cette rencontre avec eux-mêmes, individuellement. Je peux vous dire que ces moments sont exceptionnels, rares et beaux. La suite de l’ascension fût « légère ».

Comme je l’ai déjà dit dans le post précédent, je redécouvre les français. J’adore l’esprit critique, véritable ADN chez nous et peu répandu dans tant de pays. En revanche, et je ne pense pas que ce soit lié à cette marque de fabrique, j’éprouve un rejet pour les râleurs de tout poils. Là, une prof de lycée de 25 ans qui se plaint de ses élèves alors qu’elle passe des vacances de rêve à la montagne. Ici un agent municipal que j’observe travailler depuis ½ h devant moi, sifflotant et avec le sourire et qui croise un ami qui lui demande comment ça va. Il se répand alors en lamentations comme si c’était normal de râler. Que d’énergie négative inutile. J’avais envie d’intervenir et de lui dire : « eh mon gars, il y a 5 minutes tu avais la banane, tu pourrais partager ta bonne humeur avec ton pote ! », qui à son tour va essaimer de la bonne énergie. C’est du gâchis !
Maintenant, j’ai ma technique, j’annonce la couleur à mon interlocuteur, qui comprend vite que, s’il y a plainte elle doit l’être pour de bonnes raisons. Certes, c’est relatif !

L’aventure se poursuit, par une pause de quelques jours en famille, pour se retrouver et reprendre de l’énergie. Pour revenir à Nantes, il me reste 1200 kms à parcourir et plein de belles choses à découvrir, sur les autres, notre pays, ses merveilles et sur moi.

Bien évidemment, c’est l’été et le temps des vacances pour la plupart d’entre vous. Même si je sais que l’année n’a pas été facile pour tous, je vous invite à sortir des sentiers battus et aller vous mettre en situation d’inconfort choisi. C’est une clef pour progresser, si on le souhaite.


PS : pour la petite histoire, à vélo, je suis allé bien au-delà de mon ambition première. La méthode des petits pas fonctionne à merveille 😉

2 commentaires sur “Rencontre(s)… avec soi

  1. Bien contente d avoir de tes nouvelles car j avais pris l habitude de suivre vos pérégrinations autour du monde. Nous serions restés sur notre faim si tu n avais pas poursuivi le partage. On peut faire partout des rencontres souriantes. Hier je m attable en terrasse à côté de la place Royale. Un jeune homme qui prenait son café au bar me demande si il peut s installer près de moi. Il a envie de bavarder. Au bout de 10’ je savais qu’il était né à Quimper, mais d origine marocaine, et j avais même vu des photos de sa future épouse !😄 Jolie nana, dont la famille était originaire du même coin que la sienne. Nous avons échangé, ri, et Il est parti retrouver le stagiaire qui gardait son commerce voisin lesté de mes souhaits de bonheur !

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