Suivre son intuition avec détermination (balade en France)

Lorsque j’ai annoncé mon envie de reprendre la route dès notre retour de Colombie, les questions furent nombreuses : « Pourquoi repars tu ? » « Cela ne te suffit pas d’avoir fait le tour du monde ? » et plein d’autres, sous entendues. J’ai souvent balbutié des banalités en réponse.
J’avais cette intime conviction et envie de poursuivre et conclure cette incroyable année par une expérience personnelle. Je sentais quelque chose de fort au fond de moi.
En 4 jours j’étais prêt (vélo remis en état et logistique pour être en autonomie totale).
Je suis donc parti de Nantes sous un beau soleil et un fort vent de face pour remonter la Loire. J’y étais et je me reconnectais à la France des campagnes, villages et magnifiques paysages. Amusant j’avais l’impression d’être à l’étranger tellement tout était différent (paysages, calme, douceur de vivre…).
Sur mon vélo j’ai le temps de cogiter et de faire des rencontres, même si je fus surpris de traverser tant de village désertés, où même trouver de l’eau était un défi. J’ai aussi découvert que 98% des cyclotouristes descendent la Loire alors que j’allais vers sa source.
Habitude depuis 1 an, je dis bonjour à toutes les personnes croisées… et quel formidable vecteur pour ouvrir les français qui ont des mines fermées. Un sourire avec le bonjour et une autre personne apparaît. Ici la méfiance est de rigueur et chacun a peur. J’ai eu l’occasion de poser la question à mes interlocuteurs et c’est très irrationnel ! Le danger serait partout. « vous faites du camping sauvage c’est dangereux, vous n’avez pas peur ? » Alors je demande quels dont les dangers et je n’ai pas de réponses qui tiennent la route. Et lorsque je dis que je ne sais pas où je vais ni où je couche… je « perds » mon interlocuteur. Ah cette fausse bonne idée de tout prévoir.
Tout ce que je vis depuis 9 jours, les rencontres et mes étapes n’auraient pas été possibles si j’avais tout prévu.
Déjà c’était une gageure et un peu inconscient de reprendre le vélo après plus de 10 mois sans en faire… et la bonne surprise fut au rendez vous. Malgré un chargement conséquent mon fidèle destrier répondait présent ainsi que ma carcasse… même si j’ai connu les affres des débutants a vélo (aïe les fesses et les blocages des articulations liés à la position du cycliste). Oui ok je l’ai voulu 😉
Pour ce qui concerne les opportunités saisies, c’est jubilatoire. Là c’est un retraité qui traverse la France vers l’est, avec qui nous allons passer 6h à parler de la vie et de nos vies. Échange dune profondeur incroyable où nous en savons tant sur l’autre et sommes riches des réflexions partagées. Nous sommes restés en contact. C’est aussi un détour imprévu pour voir une personne de la famille et ce soir là, ils sont 11 pour un rdv familial prévu de longue date. Un vrai cadeau.
Ce sont aussi des rencontres plus éphémères avec des personnes en situation de précarité. Souvent assis sur un banc pour mes repas, les gens viennent me parler. Je redécouvre que notre pays a aussi ses abîmés de la vie qu’on ferait bien de ne pas les laisser sur le bord de la route. Un logement pour tous est une priorité !
Depuis quelques jours je croise beaucoup de vrais cyclistes, des purs et durs qui se prennent pour des maillots jaunes en puissance. Avec eux le contact est rare parce que je ne réponds pas aux codes : ma tenue et mon chargement sont une erreur dans le paysage. Puis c’est un monsieur à l’âge avancé qui me rejoint et on parle une heure de sa vie… une belle vie et un état d’esprit positif qui doit être son secret de jouvence. Et oui, il a 84 ans et roule à une vitesse soutenue. Chapeau l’artiste qui répand de bonnes ondes autour de lui.
Bon, vous l’avez compris je kiffe trop cette vie de nomade, d’inattendus. Dormir à la dure, manger par terre, sont des plaisirs simples et peu onéreux. Bien sûr, devant un état certain de fatigue et une transpiration abondante j’ai opté pour des campings avec douches ! Et oui j’ai découvert sur toute la première partie de mon parcours que les cours d’eau et fontaines sont asséchés en ce moment. La Loire est très basse et les 4 centrales nucléaires bordant celle-ci semblaient au ralenti (50% des tours de refroidissement fonctionnaient). Quant aux champs de maïs, ceux qui étaient arrosés mesuraient 2 mètres et les autres 50 cm. Quand va-t-on cultiver des cultures peu gourmandes en eau ? Ah c’est sûr depuis 11 mois je n’avais pas vu d’aussi belles et plantureuses vaches. Impressionnantes !
Bon, vous l’avez senti, la reconnexion avec notre pays et les gens est bien avancée.
Sur mon vélo je prends le temps de réfléchir et je mesure (et capitalise) tous les bienfaits et acquis des 10 mois à parcourir le monde. Comme le dit Lise, une de mes associées, j’avais besoin de cette digestion (elle dit comme les vaches qui ont plusieurs intestins). Le temps de la maturation nécessaire va permettre plein de choses.
Je me déplace à une allure de tortue et régulièrement, ce qui me permet de découvrir tant de belles choses (monuments, paysages..,) sur mon passage, alors qu’en certains lieux je suis déjà passé 10 fois sans m’apercevoir des trésors cachés.
La tortue est endurante et j’en suis à un peu plus de 1000 kms et j’attaque les Alpes pour mon plus grand plaisir. Vais-je pouvoir gravir les cols comme avec mon frère il y a plus de 30 ans ? La confiance et l’insouciance doivent m’aider. Avec une certaine suffisance je trouve que les Alpes font bien pâle figure après la Cordillère des Andes.
Je vous souhaite d’aller aux bout de vos rêves et de suivre vos intuitions. N’écoutez les autres que lorsqu’ils vous mettent en garde du véritable danger… mais pas lorsqu’ils projettent leurs peurs.
Prenez soin de vous et de ceux qui croisent votre route.

3 commentaires sur “Suivre son intuition avec détermination (balade en France)

  1. Eric, tu as des ressources extraordinaires !
    En continuant de t’approcher des Sources de la Loire (la Véritable, l’Authentique …)…tu t’approches de chez nous en Ardèche .
    Nous sommes à 52 km du Mont Gerbier de Jonc , pour 1h 15 de route .
    Lorsque tu seras dans le coin , avertis moi et nous monterons à la Cime du Mont Gerbier ; panorama magnifique !!!
    Ou sinon , continue en vélo à la maison chez nous et nous parlerons aventure …
    Tu resteras quand même le meilleur .
    Je me retrouve très souvent dans tes propos quand tu parles de CONFIANCE .
    rien ne peut se réaliser de bon s’il n’y a pas la confiance en soi , aux autres et à l’Autre .
    Bon courage et prends soin de toi .
    Paul , Ardéchois cœur fidèle

  2. Belle route Éric et belles rencontres …comme on dit en voile : » que les vents te soient favorables !!  » prends soin de toi
    Viviane

  3. Eric, après avoir lu ton texte nous annonçant que tu repartais « on the road again » J’ai d’abord pensé à Sylvain Tesson et sa marche « sur les chemins noirs » de France, mais aussi plus tard à B Moitessier le navigateur qui, sachant qu’il était attendu au Golden Globe Challenge, est reparti sans franchir la ligne d’arrivée pour poursuivre son périple solitaire. Il n’était pas prêt à se confronter à la célébrité et écrivit plus tard le récit de son cheminement intérieur dans « la longue route ». Bon, tu n’es pas encore le plus célèbre des globe trotteurs, mais je ne suis pas étonnée que tu ressentes le besoin d’un sas de décompensation ! Bonne route pour ton Tour de France perso…

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