Gratitude… et envie de regarder le monde tel qu’il est, sans filtre(s)

Gratitude, c’est le sentiment profond que j’ai lorsque je regarde ce que nous avons vécu depuis 10 mois.

Gratitude pour la chance d’avoir réalisé ce tour du monde, d’avoir découvert des modes de vie et des façons de penser différentes, d’avoir réussi ce défi en couple et en famille, d’avoir été -parfois- au bout de nos limites, d’avoir vécu proche de l’essentiel, de façon authentique et en lien avec les autres.

Gratitude pour toutes les belles rencontres, les échanges qui font grandir et les merveilles (arts, nature, êtres vivants) qui existent aux quatre coins de notre planète.

Gratitude pour l’énergie qui me traverse à l’issue de cette intense aventure personnelle.

J’ai l’impression d’être intrinsèquement relié et branché au Monde, mais aussi d’avoir perdu quelques illusions ou naïvetés. Sentiment bizarre, d’être porté par une force et parallèlement de comprendre un peu mieux ce qui m’entoure, sans filtre(s) déformants.

Que ce soit en Asie et en Amérique du Sud, j’ai pris en pleine figure des réalités que l’on se cache ou que l’on ne peut pas voir ni observer dans notre pays protégé, même si tout n’est pas parfait.

J’avais envie d’intituler mon post « le monde appartient à ceux qui se lèvent tard » (contrairement à l’adage populaire). Partout -sauf en Nouvelle Zélande- où nous sommes passés, l’activité s’anime dès 5h du matin et ce sont des milliards de personnes qui se mettent en mouvement pour aller travailler, se « battre » pour permettre à leur famille de survivre. Certains me répondront que le réveil matinal est lié au lever du soleil et aux températures très élevées dans ces contrées… certes ! Mais alors, pourquoi les plus fortunés dans tous ces pays prennent le temps de se lever, de se faire beaux, de préparer un copieux petit-déjeuner et partent travailler bien plus tard ? Et oui, lorsque tout va bien pour toi et que tu es riches, les autres travaillent pour toi plus tôt. Pas besoin de voyager, juste de prendre un train de banlieue à Paris entre 5h et 6h du matin, pour croiser des travailleurs déjà fatigués par une trop courte nuit et les transports qui n’en finissent pas.

En Amérique du Sud je me suis posé beaucoup de questions sur ces sociétés à la fois pleines de ressources (à tous les niveaux) et avec des personnes exceptionnelles (gentillesse, façon de voir la vie..) et cette violence qui fait partie de leur quotidien.

Tout d’abord, la violence sociale et la misère sont le lot de très nombreux pays de ce continent. Le pouvoir et les richesses sont trustés par un très faible pourcentage de la population. Un colombien m’expliquait qu’en réalité c’est le système féodal qui se perpétue depuis 5 siècles et que ce n’est pas près de changer. L’accès aux soins et l’éducation supérieure (après l’école primaire parfois) sont réservés à ceux qui ont de l’argent (l’Argentine fait exception).

Je ne compte plus les lieux où nous avons vu, en dehors des circuits touristiques « nettoyés », des personnes si abîmées par la vie, que l’on se demande si elles seront encore vivantes le lendemain 🙁

Non, et avec un sentiment de révolte, je ne fais plus confiance à la bonté humaine pour que les choses changent, ce serait de la naïveté. Ceux qui exploitent les autres ont le cœur dur et ne changeront pas.

Je comprends mieux les prêtres dans les années 70, adeptes de la Théologie de la Libération pour délivrer les population du joug des oppresseurs, et tous les élans libérateurs suscités par Che Guevara.Combien de paysans, de syndicalistes, d’écologistes, d’intellectuels et journalistes (tous non-violents) ont payé de leur vie la défense de droits fondamentaux pour le plus grand nombre, ces dernières années ? (et bien avant).

Certes mon constat (il s’applique aussi à des pays d’Asie, à l’Afrique) n’est pas très gai, mais je pense que si l’on veut bâtir un monde meilleur, il est essentiel de faire un constat le plus proche de la réalité.

Loin de me -nous- décourager, au contraire, cela permet de relever les manches pour se concentrer sur les choses essentielles à réaliser et de la vie.

Je suis, depuis des années, un adepte de Pierre Rabhi et de la théorie du Colibri, où chacun prend sa part. Là, en voyageant cela a pris un peu de plomb dans l’aile. Puis je me dis que si les Colibris sont très nombreux et solidaires -seule voie possible-, notre monde et le vivant, objectivement en danger, pourront entrevoir et espérer un avenir meilleur POUR LE PLUS GRAND NOMBRE.

Prenez soin de vous et œuvrons pour un changement profond.

5 commentaires sur “Gratitude… et envie de regarder le monde tel qu’il est, sans filtre(s)

  1. Chers Coline, Elisabeth et Eric.

    J’ai suivis votre tour du monde du début à la fin avec énormément de plaisir et d’émotion.
    Je n’ai jamais laissé de commentaires et je me demande pourquoi. Peut-être parce que je vous lisais le soir avant de m’endormir et qu’après le quotidien
    l’emportait…et aussi parce que je ne suis pas très douée pour exprimer ce que je ressens.

    En tout cas vous m’avez fait rêver, réfléchir et c’est beaucoup, merci.

    Avec Christophe on se disait que ce serait sympa de vous voir cet été.
    Pour l’instant tout notre été n’est pas encore décidé, nous étions en attente de savoir où serait Clara l’an prochain.
    Nous savons depuis peu qu’elle partira à Londres alors branle bas de combat pour trouver un hébergement, ce qui va nous occuper!
    Mais si on arrive à trouver du temps on serait très contents de vous voir.

    Bon retour en France, c’est aussi une aventure que de retrouver son quotidien.
    A bientôt
    Elisabeth Vellard Dutrieux

  2. Merci à tous les 3 pour cette belle aventure que vous avez réalisée, et merci aussi et surtout pour le partage de vos réflexions, émotions, si puissantes et si bien écrites.
    Dans l’aventure que nous vivons de notre côté, vos réflexions autour du ressenti et du sens en général, auront pour moi été le complément parfait au voyage initiatique : s’ouvrir, observer, chercher, comprendre et avoir le retour d’une expérience ressemblante par d’autres yeux, d’autres coeurs en direct, c’était super.
    Merci, à très bientôt.
    Love !

    Gilles et les Rouyer

  3. Merci Elisabeth, merci Eric pour ces 10 mois de petits billets qui m’ont fait voyager! Je vous souhaite un bon retour à la maison, enrichis de cette belle expérience!
    Je vous embrasse tres chaleureusement

  4. Ravie Eric de lire aussi ton « retour » sur ce fabuleux TDM qui touche en profondeur. Le hasard veut que le pocket « Se Changer, changer le monde « de Ch André, Jon Kabat Zinn, Pierre Rabhi et Matthieu Ricard soit sur le meuble de mon entrée avant de rejoindre la boite « lecture en partage » que j’ai installée dans le hall de de mon immeuble. Comme quoi on peut être à l’autre bout du monde et partager avec d’autres… Les grandes idées généreuses sont inutiles si nous ne commençons pas par faire la paix avec nous même, avec nos proches, sans oublier le sourire gratuit et tous les petits gestes du quotidien qui font du bien. Gratitude… c’est un joli mot. La coach F Servan Schreiber préconise « 3 Kifs par jour ». Chaque soir penser à 3 choses sympas de la journée et remercier la vie…
    Gratitude…
    Bon atterrissage à vous trois dans tous les sens du terme !

  5. Finalement, ça paraît presque logique qu’un TDM se termine en tour de France à vélo pour un colobri 😉 Affronter la réalité est un constat difficile mais il faut s’encourager des petites victoires et observer les colibris que l’on commence à croiser. On se sent moins seul, c’est encourageant même si on voudrait que la contagion se fasse plus massivement et rapidement! Il y a urgence et nous laissons cette lourde responsabilité à nos enfants…… en attendons, marchons et pedalons ! Bonnes vacances dans notre si beau pays !!!!!

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