Colombie : premières impressions de ce nouveau et dernier pays de notre périple

Pour certains ce pays résonne comme un pays dangereux et pour d’autres comme une très belle destination qui commence à devenir à la mode.

Avant notre arrivée sur le territoire colombien, nous avions pris de nombreux renseignements -et très récents-, puisque si l’on va sur le site du ministère des affaires étrangères (français), il faut faire attention à tout et ne pas passer par la frontière terrestre entre l’Équateur et la Colombie… ce que nous faisons quand même. Frontière qui se situe dans un couloir sécurisé, ce que l’on a pu constater. Un peu rodé à ces frontières fantasques, cela n’a pas loupé, notre chauffeur de taxi (seul moyen d’y arriver) nous emmène bien plus loin que prévu, à la frontière colombienne et de l’autre côté du pont de celle de l’Équateur. Euh, mais nous, on veut sortir de l’Équateur ! Ben pas de problème, je vous garde vos bagages dit le taxi. Oh là mon ami, nous ne sommes pas des lapins de 6 semaines, tu vas rouvrir ton coffre et nous les donner…. et là, on se fait 300 mètres à pied dans l’autre sens pour revenir au point de passage. Les douaniers semblent habitués par ce petit manège (généralement pour gagner de l’argent et parfois pour voler les bagages). A la première frontière on trouve beaucoup de monde, mais nous avons le droit à la bonne file. Pour les vénézuéliens en exode, c’est plus compliqué, surtout avec les enfants en bas âges et des conditions de vie bien difficiles. Séquence émotion pour nous trois avec un pincement au cœur en voyant toutes ses familles apatrides. Nous, nous sommes des nomades heureux et en bonne santé.

Formalités sans problème des deux côtés de la frontière et on mesure une fois l’extraordinaire chance d’être européens et libres d’aller presque partout.

Il faut ensuite, prendre un taxi puis un bus pour arriver dans une grande ville -sans charme- et qui nous donne aussi le ton. C’est très différent de l’Équateur : déjà, la population est très métissée, et on croise de tout ; des grands, des petits, des gros, des minces, des noirs, des blancs, des indiens et beaucoup de métisses (60% de la population), pas de blonds aux yeux bleus et surtout des jeunes en nombre, c’est impressionnant, un peu comme en Asie (je pense au Cambodge). Par ailleurs, les paysages changent et dans le sud que nous traversons pendant 2 jours, la montagne est magnifique, ciselée et avec de grands canyons. La végétation est luxuriante, très verte, de beaux arbres à fleurs rouges et de belles lumières.

Cela semble déteindre sur la population (ou est-ce l’inverse ?), les sourires sont très présents et les regards bienveillants aussi, pour la plupart.

Transition pour parler de la sécurité (et il y a 2 sortes de sécurité). Nous sommes passés par le sud et on comprend vite qu’il ne va pas falloir aller ramasser des champignons -hallucinogènes- comme cela dans la campagne. Ces montagnes sont le lieu de trafics et parfois d’anciens territoires des forces révolutionnaires.

Et rapidement, lorsque l’on traverse de petits villages, on croise des militaires en armes, qui ne sont pas là pour s’amuser. D’ailleurs, notre bus local fut arrêté et tous nos papiers regardés bien longtemps. Les villes sont plus calmes à ce niveau. Rebelote le lendemain en prenant la route vers Cali dans un bus qu’avec des locaux, nous fûmes arrêtés. Là, même traitement que tout le monde, on descend, on attend devant des militaires habillés avec différentes tenues (oups, on se pose quelques questions), certains lourdement armés et d’autres comme des pieds nickelés. Ils fouillent le bus, ainsi que les sacs et sur 25 personnes, demandent à 3 hommes de s’aligner contre le bus. Les filles sont déjà remontées et avec leur casque sur les oreilles. Euh, je fais partie des 3 hommes alignés et on a le droit à une fouille au corps très serrée. Ma barbe et mon air baroudeur n’ont pas dû aider. Je pense qu’ils n’ont pas saisi que j’étais avec ma femme et ma fille. Un narco de 50 ans ? RAS on repart pour notre destination.

Là, dans cette grand ville, c’est d’une autre forme d’insécurité dont il s’agit. Comme depuis le début de notre tour du monde, il faut être vigilant, c’est à dire très observateur des faits, gestes et regards, tout en donnant l’impression d’être parfaitement dans notre élément ET de savoir où l’on va. Bref, séquence concentration. C’est d’ailleurs plus facile pour moi lorsque je sors seul et que je marche des heures, un peu partout. Je n’ai pas de bagages ni d’objets de valeurs, juste mon vieux tel, mon passeport et un peu d’argent. Là, jamais d’inquiétude, je passe plus facilement pour un local, où un connaisseur des lieux. Et surtout, je n’ai pas la même responsabilité que lorsque nous sommes tous les 3 avec les filles… et que Coline sort son Iphone un peu partout. Argh !

Ici c’est beaucoup plus facile d’échanger quelques mots et des sourires. En général, les personnes sont avenantes, même si l’on sent que les conditions de vie ne sont pas faciles pour tout le monde.

La conduite, c’est un peu du grand n’importe quoi, mais bon, à part la Nouvelle Zélande et le Chili (respectueux des piétons), nous avons tout connu.

On poursuit notre route vers le nord, où nous traversons de grandes plaines de cannes à sucre et où le climat se fait plus lourd et changeant. C’est un pays qui est 2 fois plus grand que la France et aux paysages et reliefs si variés.

Pour terminer, petit retour sur l’histoire du pays et son actualité. On parle de près de 200 000 morts au cours des 50 dernières années (et 7 millions de victimes !) dans la lutte entre le pouvoir et les forces révolutionnaires (FARC et ELN). En 2016, des accords de paix sont signés et la démilitarisation commence, avec à la clé des accords sur l’impunité. Puis le pouvoir change et propose un référendum, qui verra le « non » pour ces accords de paix, passer avec 50,21% et 63% d’abstention. Oups ! Et là c’est le problème de tous les conflits armés (internes) dans le monde. Pour signer la paix et l’obtenir, il faut souvent faire des concessions (compromis), dont l’arrêt des poursuites pour les belligérants (impunité). Dans le cas de la Colombie et avec le martyr subit par les si nombreuses personnes enlevées -et tuées pour beaucoup- dans la jungle, cela ne passe pas. Ce fut le cas aussi au Chili et en Argentine, mais là, vis à vis du pouvoir en place.

Toute l’histoire récente de la Colombie est aussi liée aux trafics de drogue (les cartels ont été affaiblis depuis 20 ans) et à l’allégeance aux États-Unis, dont c’est la zone d’influence. Les défenseurs des droits de l’Homme reprochent aux militaires de réaliser des exactions (meurtres en l’occurrence) d’opposants, d’indigènes et de syndicalistes, sous couvert de « rébellion ».

Autant dans certains pays on se sent en sécurité près de la police ou de l’armée, là, les premières expériences -et témoignages- demandent la même vigilance que pour le reste.

A suivre….

4 commentaires sur “Colombie : premières impressions de ce nouveau et dernier pays de notre périple

  1. On avait participé à la création de la gendarmerie colombienne il y a 15 ans à l’époque où ils voulaient créer une police moins corrompue. Dans les postes isolés ils étaient armés comme des porte avions et avaient un nombre de morts hallucinant !

  2. Bonjour à la famille ! Si besoin nous connaissons une magnifique famille en Colombie dont mes parents ont accueilli le fils à Nantes ! Ils habitent sur les hauteurs de Bogota. Ils sont formidables et le papa est professeur de philosophie je suis sûre que ça plaira à Eric 😉
    bises et bonne fin de voyage

  3. Et quel plaisir de vous savoir passés en Colombie. Encore un autre monde qui est de surcroit bien chamboulé par les drames des’ migrants que vous avez rencontrés vous aussi. Après l’isolement des Galápagos hors du monde, la plongée est contrastée.
    Je vous espère en profonde et merveilleuse forme devant cet immense accomplissement de chacun de vous trois et du trio gagnant.
    Que de découvertes, que de defis, que de matière à réflexion, que d’emotions, d’interpellations… il y a de quoi faire germer des tonnes de nourritures de l’âme !
    Comment vous accueillir pour votre atterrissage domestique ? L’envie de vous dire « chapeau » ! Vous avez voyagé un peu comme à « la’ force de vos poignets ». Toujours sur cette ligne de crête de l’exigence d’etre Pleinement dans les lieux, les rythmes et les situations.
    Que ce sera bon de vous serrer dans les bras le moment venu, de faire connaissance en vous sentant tellement pétris des découvertes de cette année spéciale.
    Gros merci d’avoir pris le temps de partager vos’ ecrits et des photos. C’est un cadeau inestimable, comme les cailloux du petit Poucet pour vous suivre sur les routes d’un monde.
    Plein plein d’amities Et prenez bien soin de vous dans cette phase étrange, celle du retour.
    Je vous embrasse très fort
    Élisabeth (une autre ! )

  4. J’ai toujours autant de plaisir à vous lire et vous relire .
    Côté aventure , vous êtes servis tous les trois ; vraiment un grand bravo . Le retour sera certainement difficile ,mais qu’importe vous aurez vécu une belle histoire …qui vous tiendra toujours en haleine .Lorsque vous donnerez une (ou plusieurs ) conférences vers Nantes, vous m’avertirez !
    Vous parlez de L’Argentine et cela me rappelle un ancien prof. de petit séminaire , le Père Longueville qui est allé en Argentine en 1969 pour découvrir la vie des plus pauvres dont il voulait être solidaire . Il dénonçait l’oppression qui frappait les petits paysans et partageait la vie des ouvriers.Cela devenait insupportable aux yeux de la dictature.
    Le 18 Juillet 1976,une voiture de police vient chercher Gabriel et son ami . On retrouvera leurs corps criblés de balles à 5 km du lieu …
    Deux autres seront assassinés.
    Ils ont été béatifiés en Avril 2019.
    Votre histoire reflète bien les difficultés de ces pays de dictature .Merci à vous trois . Je vous embrasse très fort et reste toujours en lien avec nos enfants …qui désirent tout simplement notre bonheur . Je prends des cours de photos , mais avec vous je suis servi . MAGNIFIQUE !!!!

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