Les Galapagos

Cet endroit, Coline et moi on en rêvait même avant de partir. Rien que le nom nous emmenait ailleurs. C’est vraiment le genre d’endroit où on n’aurait jamais pensé venir avant le TDM, trop loin, trop cher. Et puis coup de chance, nos billets tour du monde nous permettaient d’y aller pour presque rien. On allait pas se gêner.

Au terme de neuf mois de voyage, le moment d’embarquer de Quito pour ces îles est enfin arrivé. Il est légitime de penser que nous aurions dû être au comble de l’excitation et de la joie. Sauf que pas de chance, nous étions un peu malades tous les trois et surtout une petite déprime commençait à me tourner autour. Incroyable non ! Il faut vraiment que je l’écrive pour le croire. J’arrive aux Galapagos et je suis déprimée. Non mais, tu es crazy ou quoi ma fille ! Bon c’est comme ça, quand ces instants arrivent, y’a rien à faire. Juste les accueillir et faire au mieux. Être aux Galapagos ne change rien. Au bout de neuf mois d’errance, le corps commence à être fatigué. J’accuse le coup et je n’ai plus d’énergie ni d’envie. Juste envie de rentrer chez moi, me poser et ne rien faire. Je suis surprise moi-même par la force de ce que je ressens. On me proposerait un vol direct pour Nantes, je n’hésite pas une seconde et je le prends. J’aspire juste à être dans mon lit et dormir, dormir pendant une semaine sans interruption. Je propose même à Eric de continuer le voyage sans moi.

Pour l’instant je sens bien qu’il faut que je réagisse un peu. Je sais notre chance d’être ici. Alors comme d’hab, je cherche tout ce qu’il y à faire et c’est parti. Une balade par çi, une baignade par là. Je me dis que découvrir ces immenses tortues va me redonner l’émerveillement nécessaire à la suite du voyage. La magie opère un peu, pas trop quand même. Je ne cesse de m’en vouloir et de culpabiliser. Et puis à qui dire ce qui se passe en moi ? J’ose quand même en parler à quelques grandes amies. Cela me fait du bien et m’aide à avancer. L’une d’elles m’incitera à écrire ce que je ressens. Je le fais et cela me libère. La grâce de l’écriture une fois de plus. Je garderai pour moi ce récit, trop personnel et intime pour vous le partager.

Nous passons trois jours sur l’île de Santa Cruz. Nous découvrons avec surprise combien l’eau du Pacifique est chaude. C’est un régal de s’y baigner. Bon, c’est sans compter les requins, les iguanes et les tortues qui partagent notre baignade. Au début ça surprend, après on sait que c’est sans danger. Nous partons visiter un centre de protection des tortues. Nous prenons le bus local qui nous dépose assez loin du centre. On n’avait pas prévu la distance (environ 4 kms) avec le centre et c’est donc sous un soleil cuisant que nous marchons. On se fait dépasser par les taxis qui emmènent les touristes. 45 dollars pour cette courte distance, ils n’ont peur de rien aux Galapagos. Nous le bus local nous aura coûté 1 dollar. Au bout d’un moment on commence quand même à désespérer et là, coup de bol, un camion s’arrête et nous propose de nous emmener. Là, c’est le jour de gloire, on savoure chaque mètre parcouru. On profite pleinement de la visite du centre et ensuite, ben comment on fait le retour ? Autre petit moment de désespoir à l’idée de tout refaire à pied. Eric a la bonne idée de demander à un taxi pick-up s’il peut nous emmener jusqu’au bus. Il ne peut pas ayant des clients, mais nous propose de commencer à marcher et verra ce qu’il peut faire. Quelques minutes plus tard il s’arrête et nous fait monter à l’arrière. On est les rois du monde ! Et gratis en plus.

Nous embarquons le jour d’après pour l’île d’Isabela. Pour cela il nous faut monter à bord d’un bateau pour une vingtaine de personnes. L’aller ça ira, je vous raconterai le retour plus sportif. Les Galapagos ce sont 22 îles. Trois sont habitées : Santa Cruz, Santa Isabela et San Cristobal. Nous en visiterons deux. Quand tu arrives ici, tu sais que ton porte-monnaie va souffrir. En plus du billet d’avion, tu as une taxe par personne de 20$ en partant. Puis une autre taxe de 100$ en arrivant. Déjà à trois, ça fait mal. Ensuite la moindre excursion coûte autour de 100$. Nous nous en offrirons une seule mais en garderons un souvenir à vie. Ensuite on peut se débrouiller pour se loger pas trop cher, en négociant un peu et pareil pour manger, surtout si on cuisine soi-même. Même s’il y a vraiment très peu de choix dans les magasins. On se mangera une quantité dingue de pâtes. Je m’attendais à un lieu beaucoup plus touristique et huppé. En réalité les américains fortunés font tous des croisières et donc ne vont pas sur les îles. L’île Isabela par exemple c’est un petit village avec des hôtels pas finis et des routes en terre. Peu de monde quand on y était, tous les restaurants étaient presque vides le soir. Cela reste donc très sauvage et authentique.

Nous partons en excursion une journée et chouette nous avons réussi à négocier un peu. Un hors bord nous emmène au loin et nous attendons avec impatience de découvrir les fonds-marins. Une fois dans l’eau, j’ai enfin senti la vie venir me titiller et l’énergie revenir. Car nager avec des tortues géantes, voir des requins de si près, contempler la grâce des raies et surtout pour moi voir un hippocampe de près cela vous donne forcément des frissons. On a vraiment adoré ce moment tous les trois. Un vrai cadeau de la vie. D’ailleurs, c’est le cadeau d’anniversaire de Coline pour ses 14 ans quelques jours en avance. Mais qu’est-ce qu’on va pouvoir lui offrir l’année prochaine pour ses 15 ans après ça !! Seul bémol pour moi, le retour en bateau où on s’est trouvé bloqué au milieu de vagues immenses pour passer un récif dangereux. J’ai cru que notre dernière heure était arrivée. (notre bateau a attendu au moins 20 minutes, à avancer, reculer, avant de mettre les gaz à fond pour passer 2 grosses vagues). Au retour nous avons été suivi pendant un long moment par un immense oiseau, genre albatros. Au soleil déclinant, voir cet oiseau planer ainsi fut une des plus belles visions de ce TDM. Je me suis rappelée un des livres préférés de mon enfance Le fabuleux Voyage de Nils Holgersson et franchement je donnerai cher pour voler et planer ainsi pendant des heures au dessus de la mer.D’ailleurs aux Galapagos, on peut rester des heures à regarder les oiseaux voler.

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Le jour d’après nous partirons découvrir un autre coin de l’île à pied. Une longue marche suivie d’une baignade dans les vagues pour le bonheur de Coline.

Le retour en bateau sur l’île de Santa Cruz fut une horreur pour moi. Départ à 6h du matin pour deux heures de folie. Je sais pas, le capitaine a du voir trop de films de James Bond. Pensant me planquer, je me suis mise à l’avant du bateau. Erreur grossière, c’est là où c’est le plus violent quand le bateau s’écrase sur l’eau. J’ai eu l’impression d’être dans une attraction de foire pendant deux heures. J’étais limite au bord des larmes ou pas loin de la crise d’hystérie. Mais bon, j’allais pas me mettre à pleurer devant tout le monde. Pour me calmer j’ai mis mes écouteurs et j’ai choisi des chansons de circonstance pour m’accompagner : Résistance de Muse, Résiste de France Gall, I will survive de Gloria Gaynor… Et je me suis dit que vraiment ce TDM m’aura fait vivre des moments de dingue. Et franchement ils devraient inclure le prix d’une séance chez un ostéopathe après la traversée. T’as pas mal au dos avant de partir, t’es sûr d’avoir un lumbago en arrivant.

Nous repartons demain vers le continent pour poursuivre notre découverte de l’Equateur. Il nous reste 40 jours avant le retour. Bientôt la Colombie pour clore ce voyage.

Je vous embrasse

Elisabeth


5 commentaires sur “Les Galapagos

  1. J »adore la manière avec laquelle tu racontes vos aventures :
    Plein de vie, de naturel , de spontanéïté …
    Une bouffée de vie
    MERCI 😀!

  2. Bonjour Elisabeth,
    Nous ne nous connaissons pas mais je tenais à vous dire au combien j adore vous lire.
    Vous avez vraiment une très jolie plume. Un grand merci pour les partages de ces récits.
    Courage pour la fin de votre aventure ! Vous êtes une “mum” incroyable !
    Amélie

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