Bolivie, extraordinaire pays

Nous avons choisi une agence parmi tant d’autres à San Pedro au Chili, espérant avoir fait le bon choix. Bingo, ce fut génial et à tous points de vue.

Je vais vous raconter notre aventure mais sans trop en dire non plus. En effet, s’il y en a parmi vous qui iront un jour au sud de la Bolivie, dans le sud Lipez, je ne voudrais pas leur spoiler leur découverte.

Nous partons donc dans un minibus avec une vingtaine de personnes direction la frontière Bolivienne. En quarante minutes nous passons de 2500 m à 4700 m. Celle-ci passée, ainsi que les formalités d’usage, on nous dispache dans différentes jeeps. Tout le monde a l’air très sympa et le hasard nous met sur la route de deux suédoises et d’une hollandaise. Nous faisons donc connaissance avec nos compagnes de voyage, Felicia, Liz-Maria et Caroline. Chouette nous allons à nouveau parler anglais. Une relation très sympa se noue tout de suite et notre chauffeur a l’air sympa. Tout s’annonce bien.

C’est parti pour quatre jours d’aventure exceptionnelles. On en prend plein les yeux à chaque instant. Notre guide nous explique à chaque pause ce que nous voyons. On comprend de mieux en mieux l’espagnol c’est chouette. En journée il fait chaud, voire très chaud. Un ciel bleu sans nuages. Les paysages défilent : montagnes enneigées, canyons, lagunes blanches vertes ou rouge, geysers, sources d’eau chaude. On croise des animaux en liberté, un joli renard, des flamands roses et des lamas en pagaille. On adore les lamas et leur air hautain. Coline voudrait qu’on en ramène un à la maison.

Nous nous arrêtons près de sources d’eau chaude. Se baigner à 4400 m dans de l’eau brûlante, c’est un truc de dingue. Et face à un paysage de ouf c’est encore plus crazy. Le seul souci c’est que le mal d’altitude commence à se faire sentir, et que se baigner dans une eau à 35 degrés alors qu’il fait dehors 5° n’est pas vraiment recommandé. Mais peu importe je n’aurai manqué cette occasion pour rien au monde. Evidemment je l’ai payée le soir avec un mal de tête que je n’avais jamais connu, le mal des montagnes. Eric, plus prudent ne s’est pas baigné. Eric, c’est mon Jiminy Cricket 😉

Nous avons fait une halte magnifique à la lagune rouge, où nous avons pu voir une quantité phénoménale de flamands roses. Voir un vol de flamand rose sur une lagune rouge, c’est comment dire, éblouissant.

Nous avons dormi la première nuit dans un hameau perdu à 4500 m. Pas de chauffage et pas de douche évidemment mais un très bon repas. Nous avons retrouvé la vingtaine de personnes venus avec la même agence que nous. Beaucoup de français très sympas. Pendant la nuit comme je suis une fille qui exagère toujours, j’ai cru que j’allais mourir tellement mon mal de tête était fort. Je ne rêvais que d’une chose, redescendre à une altitude plus basse. Je manquais d’oxygène. J’ai bien sûr réveillé Eric en lui disant qu’il fallait que je lui dicte mes dernières volontés. Il a bien paniqué quand même, comme quoi je devais être crédible. Il m’a aussi dit (le lendemain) que je réagis comme un mec dans ce genre de situation. Sympa pour vous ce cliché les gars. Il parait que les gars dès qu’ils ont une angine disent qu’ils vont mourir. Bref, le lendemain, ça allait mieux et c’était reparti pour une journée de folie.

Au programme, des paysages de canyons, des lagunes, des lamas en liberté et pas farouches du tout. Le soir nous arrivons dans un hôtel de sel. Ben oui ici il n’en manque pas. Si votre purée n’est pas assez salée, vous allez lécher le mur et c’est parfait. On était bien contents de retrouver un peu de confort et surtout de pouvoir prendre une douche. Bon ok elle était froide mais quand même. La nuit fut disons le franchement chaotique et vraiment courte. Figurez-vous que dans une jeep il y a six places pour les passagers. Deux places derrière sur une modeste banquette sur les essieux, trois places au milieu et la place royale devant. Jeune d’esprit et de corps comme je suis, je passe donc une journée et demi derrière. Comme les enfants je trouve que ce sont les places les plus sympas. Avec Coline comme on est les plus petites on se dit que c’est plus sympa de nous y coller. Oui mais voilà, au bout de deux jours de pistes en terre, de virages, de trous, de cailloux, mon dos me dit : stop je n’en peux plus, t’as 51 ans n’oublie pas. Donc cette nuit-là, je me suis levée pour aller aux toilettes et là, blocage total, impossible de tenir debout. C’est donc pliée en deux que j’ai erré dans la chambre. Mon mal de tête a choisi alors ce moment pour revenir en force ce filou. Alors l’accumulation des deux m’a fait douter de mes capacités physiques. Mon corps aurait-il décidé de se jouer de moi ? Une fois encore, Eric mon héros a été extraordinaire de patience et de gentillesse. Il aurait pu me dire : bon dis donc cocotte ça fait deux nuits que tu me pourris, ça va aller là. Car bien sûr je lui assurais encore, tout en rampant vers la salle de bain, que j’allais mourir. Il est comme ça Eric, il me croit sur parole. Et le lendemain quand je retrouve la forme et que j’oublie immédiatement les délires de mes nuits, Eric me regarde consterné, car lui évidemment il n’a rien oublié vu qu’il n’a pas dormi. Cela s’appellerait-il l’amour inconditionnel ? Revenons à nos moutons, où plutôt à notre histoire de jeep. Quand vous vous rendez-compte que vous devez vous asseoir à côté du conducteur à cause de votre dos, vous prenez immédiatement conscience de votre âge. C’est la loose totale. Eric toujours dévoué a pris ma place de derrière et je ne sais comment il s’est contorsionné pour mettre ses jambes. Quand nos amies de voyage lui demandait : ça va Eric ? Tu veux qu’on prenne ta place ? Il répondait invariablement, non, non it’s ok. Je leur ai alors dit qu’Eric est toujours content et que c’est d’ailleurs pour ça que je l’ai épousé. Le dernier jour j’ai pu rétrograder au milieu de la jeep. C’est déjà ça de gagné, je sauve l’honneur.

Et voilà le jour tant attendu, la journée au Salar d’Uyuni. Lever à 4h30 du matin et départ à 5h dans la nuit pour une heure de route. C’est ici que va s’arrêter mon récit parce que vraiment il faut le vivre. Je raconterai à ceux qui n’ont absolument aucune intention de venir un jour. Je peux juste vous dire mon ressenti. Ce qu’on a vu ce jour-là, j’en ai eu des frissons, presque les larmes aux yeux. Un lever de soleil pareil on en voit rarement dans sa vie. J’ai donc passé une journée de rêve. Face à tant de splendeur, je me suis dit que j’ai vraiment bien fait de me battre pour survivre. Juste pour voir ça, pour vivre ce moment.

Évidemment je vous partage quand même quelques photos. Sur certaines vous me verrez les pieds en tongs. Je vous dois une explication et je vais me glorifier un peu, c’est bon pour mon ego. Nous nous sommes aperçus la veille de partir en Bolivie que Coline avait oublié ses chaussures de montagne à Valparaiso. Donc, bonne mère que je suis, voire excellente mère, je me suis dévouée et je lui ai prêté mes chaussures de montagne pendant quatre jours. Tout ça évidemment pour qu’elle ait une dette éternelle à mon égard. Ce matin-là donc, avant le lever du soleil, notre jeep s’arrête au beau milieu de nulle part dans ce désert de sel. Et quand nous ouvrons notre portière et bien nous nous rendons compte que nous sommes…dans l’eau ! Et de l’eau très très froide. Il faisait 5° degrés et mettre ses pieds dans cette eau-là était quasi de la torture. Voilà donc pourquoi Coline pouvait allègrement faire de belles photos et patauger dans l’eau alors que moi je cherchais désespérément des petits glaçons pour poser mes pieds. Franchement j’ai l’air de quoi sur les photos avec mes tongs !

Je vous dirai aussi que rouler sur une immensité pareille avec la musique à fond dans la jeep, sera sans doute un de mes meilleurs souvenirs de ce TDM. Les différents arrêts sont plus beaux les uns que les autres et prendre son petit déjeuner au milieu de ce désert de sel restera inoubliable. Comme tout le monde nous nous arrêterons prendre des photos rigolotes. Pour une fois que je peux être plus grande qu’Eric je ne vais pas me gêner.

Pour la dernière nuit, nous nous arrêtons à la nuit tombée dans un petit village. Notre chauffeur nous emmène d’abord dans un endroit bien glauque. Il nous dit que deux personnes de notre groupe vont dormir ici et les quatre autres ailleurs. Que nenni mon bon monsieur, tels les 3…euh non 6 mousquetaires, c’est un pour tous et tous pour un. Devant tant de détermination il capitule et se débrouille pour nous trouver un autre logement. Et là, vous me direz on l’a pas volé, on se retrouve dans une maison certainement typiquement bolivienne. C’est, comment dire, une expérience. On se retrouve à une vingtaine de personnes, avec une seule toilette et inondée s’il vous plaît et un sol de cailloux. Sans chauffage évidemment. Et là, on doit bien bien se répéter qu’on est des backpackers. Lever le lendemain matin à 4h, on ne perd pas les bonnes habitudes. Direction la frontière pour un retour au Chili. Les paysages sont tout aussi magnifiques. Bon, le seul truc c’est que notre chauffeur ne doit pas savoir où se trouve le bouton chauffage dans sa jeep. Nous sommes donc littéralement gelés malgré nos doudounes, gants et bonnets. On attend impatiemment le lever du soleil pour se réchauffer. Quand celui-ci pointe le bout de son nez, j’ai eu envie de le vénérer comme les égyptiens. Béni sois tu Rê ! A la frontière, nous retrouvons tous nos copains d’aventure. Nous attendons deux heures et demi. Au Chili, ça rigole pas, même à 4700 m. Nouvelle fouille de nos sacs, mais cette fois-ci, j’avais tout vérifié trois fois. On passe donc sans problème. Le midi on retrouve des jeunes français dans un restau à San Pedro et le soir nos amies de voyage pour un dernier festin tous ensemble. On prend aussi avec délectation une douche très chaude. A quoi ça tient le bonheur. Et après une nuit réparatrice, on bulle toute la journée à San Pedro.

J’ai aussi envie de vous raconter l’autre partie du voyage qui me tient à coeur. Si s’émerveiller devant la beauté de notre planète est une grande partie du voyage, la rencontre d’autres voyageurs l’est tout autant. Une fois encore ce sont des jeunes qui étaient avec nous. Nous avons été avec Eric impressionnés par tous ces jeunes qui voyagent seuls. En réalité ce sont principalement des jeunes femmes que nous rencontrons. Elles dégagent toutes quelque chose de particulier. Elles sont ouvertes aux autres, joyeuses, pleine d’énergie. C’est très enrichissant pour nous de discuter avec elles. Nous avons surtout été ébloui par l’une d’entre elles. Avec elle, les échanges furent en anglais. C’est une suédoise étudiante en médecine de 26 ans qui a choisi d’arrêter pendant un an ses études pour voyager. Cette fille est un rayon de soleil ambulant et d’une maturité incroyable. Sa maman était de la partie et c’était très enrichissant de comprendre ce qu’elle ressentait des décisions si fortes de sa fille. Nous avons beaucoup ri. Une fois de plus, côtoyer tous ces jeunes est un gage d’optimisme pour l’avenir.

Et puis c’est tellement chouette de voir Coline si à l’aise avec tous ces jeunes entre 20 et 30 ans. Elle parle avec facilité maintenant en anglais et j’ai même du mal à en placer une parfois. Ce fut très émouvant pour moi de la voir discuter le dernier jour avec une jeune de 23 ans. A les voir de loin, j’ai bien senti qu’elles ne parlaient pas de la pluie et du beau temps. Coline après ce long temps d’échange est revenu vers moi des étoiles dans les yeux. Elle avait évidemment parlé de Camille et s’était sentie comprise par cette jeune qui avait connu de son côté la perte d’un être cher. Voilà, c’est ça la magie du voyage et c’est peut-être ce qui me bouleverse le plus. Il y a eu aussi le jour où Coline m’a demandé ce que je penserai, si elle me disait plus tard qu’elle voulait partir seule voyager. Avant le TDM c’est certain que ma réponse n’aurait pas été la même. Aujourd’hui, j’ai pu lui répondre qu’elle fera ses propres choix quand elle sera adulte, et qu’après avoir vu toutes ces jeunes femmes si épanouies et heureuses je ne pourrai que lui souhaiter le meilleur.

Bolivie, nous reviendrons te voir c’est certain.

Demain nous reprenons notre car pour 23h de route. Direction Santiago avant de s’envoler pour le Pérou.

L’Amérique du Sud m’a définitivement conquise.

Elisabeth



6 commentaires sur “Bolivie, extraordinaire pays

  1. Tu nous fais rêver 🤩
    J attends la suite nous avons prévu de faire le Pérou et la Bolivie l année prochaine 😉
    Envoie nous encore du rêve

  2. Enorme les photos, le texte … et la p’tite vidéo !!!
    Vous me donner définitivement envie d’y aller. Un jour j’irai.
    Je vous embrasse les copains

  3. Merciiii pour ce récit bien détaillé qui m’a rapproché de ma fifille, Inès, venue avec son amoureux Lucas, à 5000 m d’altitude découvrir ce coin unique ! Je suis contente de la voir aussi en photo ! Bonne route pour la suite de votre tour du monde !!!

  4. Bonjour Bonsoir la famille tour du mondiste !

    J’avais tellement hâte de lire votre papier sur la Bolivie après vous avoir rencontré !
    Vous êtes si solaire, et quelle joie immense de voir une famille aussi unie (dans des moments pas toujours évidents !).
     » Pendant la nuit[…] j’ai cru que j’allais mourir tellement mon mal de tête était fort. Je ne rêvais que d’une chose, redescendre à une altitude plus basse. » Moi aussi ! J’étais déjà en train de remettre toutes mes idées de voyage en doute, de me demander ce qui valait vraiment la peine d’être vécu et de remercier la vie pour ce qu’elle m’avait donnée.
    Et puis finalement, toutes ces aventures me laissent croire qu’il faut mériter cette beauté.
    Ce levé de soleil sur le Salar a été la plus belle récompense qu’il soit.

    J’ai beaucoup de mal à parler de cette aventure auprès des miens, cette parenthèse de 4 jours en Bolivie a été très intense. Tout le monde autour de moi me dit que cela devait être sacrément mystique pour que je ne réussisse pas à traduire mes émotions et mon voyage. Je vois que c’est la même chose pour vous aussi.

    La réalité réside certainement dans le fait qu’on passe 3 jours fabuleux, à profiter de la beauté de la nature, tandis qu’une partie de moi passait son temps à remercier la bonté de la vie pour ce cadeau.
    En regardant les photos j’ai toujours des frissons.
    Je n’arrive pas encore à partager les miennes, trop envie de garder cette émotion au chaud, comme un petit animal qu’on voudrait protéger.
    Rentrer a été un déchirement, comme si je laissais une partie de moi en Bolivie.

    Est-ce qu’on peut remettre tout en cause, juste pour 3 nuits passés à l’autre bout de chez soi ?

    Quoi qu’il en soit, à n’importe qui, si un jour vous avez la possibilité de vivre une expérience aussi incroyable, nous serons tous d’accord pour dire qu’il faut y foncer.

    Petit message pour Coline, ta famille est formidable. Toi aussi tu repartiras à l’autre bout de la terre, un jour, peut-être seule, peut-être avec des ami.e.s, pour vivre ta propre version de l’histoire, j’en suis sûre. C’est la chose la plus fabuleuse qui soit.
    Merci Elizabeth et Eric, vous rencontrer m’a redonné confiance en une parentalité constructive, qui laisse de la place aux rêves et qui remet en question une bonne partie des carcans dans laquelle la société essaye de nous mettre.

    Je vous embrasse tous,
    Merci pour votre rencontre
    Vous êtes merveilleux, travel safe !
    💞💞

  5. Bonjour Elisabeth et Éric! J’espere que votre périple se poursuit bien au pays des lamas.
    Je suis au Pérou pour un semestre d’etudes. Quels sont vos projets ici? Je serai ravie de vous croiser pour un bout de chemin.
    Un grand merci pour votre blog que ma maman Virginie m’a transmis, il est passionnant et invite à la reflexion!
    Pauline Chambon

    Je suis joignable sur facebook ou sur WhatsApp au 0652921261

  6. Toujours un bonheur de vous lire depuis Nantes. Alternance de rires, Elisabeth et ses malheurs, Eric superman, et d’émotion « Face à tant de splendeur, je me suis dit que j’ai vraiment bien fait de me battre pour survivre. Juste pour voir ça, pour vivre ce moment »…

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