5 mois à parcourir le continent asiatique : impressions

C’est notre dernier jour en Asie et nous nous posons au sud de Bali près d’un village de pêcheurs…. la plage pourrait être magnifique…. et ce sont des tonnes de déchets plastiques qui jonchent le sol. C’est la première fois depuis 5 mois que j’éprouve cette forme de colère et de ras le bol. Trop c’est trop ! J’ai mal à ma Terre…. et je suis honteux.

Elisabeth parlait de honte dans son précédent post. J’ai honte d’être un touriste à Bali et je suis obligatoirement « solidaire » de la situation, du désastre écologique ! Il n’existe pas franchement de traitement des déchets, le tout à l’égout n’en parlons pas, la seule station d’épuration est saturée depuis longtemps, bref tout (oui tout) ce que l’être humain consomme et utilise, part inexorablement vers la mer… qui se charge de le rendre au gré des marées et de la houle. Ah si, un autre point négatif en Asie : en continu j’ai cette odeur de plastiques brulés un peu partout et par chacun, y compris au centre du Népal en pleine chaine himalayenne. C’est franchement nauséabond et cela reste longtemps dans les narines. Tiens, à l’instant je viens de me faire un thé avec l’eau du robinet… et la surface de l’eau est un peu huileuse. C’est sûr, j’ai tué les bactéries mais pas les autres cochonneries.

J’arrête, tant j’ai envie et préfère partager mes impressions et vous transmettre les bonnes énergies qui m’ont traversées ces derniers mois.

Je ne connaissais pas du tout le continent asiatique et j’en avais des représentations incomplètes ou stéréotypées.

J’ai choisi de me laisser prendre par ce que je vivais, ressentais, observais, en réduisant le plus possible mes conditionnements et à priori. Et bien, l’expérience vaut le détour.

Comme je l’ai déjà écrit, si nous le voulons, nous avons tous une puissante capacité d’adaptation. A l’origine, je suis hypersensible aux bruits (odeurs, lumières aussi), sous toutes ses formes. Et là, dès le premier jour en Israël mes sens furent en éveil et j’ai lâché prise. C’est à dire que je les laisse me traverser sans y prêter une attention particulière (sauf pour me protéger lorsque je traverse la rue !). En écrivant ces lignes, juste à côté de moi, des russes fument et la fumée m’arrive directement. Cela ne me dérange plus vraiment, mon niveau de tolérance est élevé. Et c’est si agréable dans la vie, plutôt que de tourner en boucle et de ruminer. Tiens, à l’instant ils mettent de la musique sans se soucier du voisinage. Combien de fois, dans des hébergements moyens, nous entendions la télé de la chambre d’à côté comme si nous étions… une partie de la nuit. Ici c’est comme cela. Je me souviens d’un temple en Thaïlande où il était demandé le silence… et je trouvais que tout le monde continuait à parler. En sortant, j’ai compris que « silence » voulait dire qu’ils parlaient moins bruyamment qu’à l’extérieur.

A travers ce périple et mes observations, je comprends que TOUS les êtres humains ont les mêmes besoins fondamentaux. Rien ne sert de chercher ce qui nous sépare, tentons de regarder ce qui nous unit. Et ce n’est pas une forme d’universalisme naïf que je suggère. Non, si tu veux vivre en paix et heureux, essaie de comprendre et te mettre dans la peau de l’autre. Facile à dire, je voyage et suis un étranger, c’est donc normal que je fasse cet effort. Et oui, et pourtant cela ouvre l’esprit, permet de comprendre le fonctionnement de l’autre…. et on revient à l’empathie, la boucle est bouclée.

Paradoxalement, ne pas parler la langue du pays pousse à une plus grande écoute de tous les signaux émis. Il suffit de quelques heures ou quelques jours pour comprendre comment les gens se saluent, se regardent et se positionnent dans la relation. C’est un pur bonheur.

C’est la même chose en débarquant dans un pays et d’arriver à comprendre le plus vite possible le taux de change et la valeur des biens, le bon prix pour le taxi, etc.

A l’évidence, sortir de notre zone de confort développe notre capacité d’apprentissage et nos sens évoluent là où nous ne le pensions pas possible.

J’ai évoqué le plaisir de découvrir de nouvelles sensations gustatives, tenter de nouveaux mets, de parfois faire fausse route et d’avoir souvent de très agréables surprises.

A l’évidence, mon univers s’est élargi.

Le continent asiatique (et nous n’avons pas traversé la Chine, la Russie, le Japon et tant d’autres) se développe à une vitesse incroyable, déborde d’énergie(s) et possède une foi dans le futur. Bien sûr c’est très anarchique et les atouts pourraient se transformer en écueil si les lois naturelles du vivant continuent à être bafouées.

Même si les deux premiers mois de notre voyage nous ne prêtions pas attention aux nouvelles de France, depuis 3 mois, c’est avec intérêt et assiduité que nous suivons les soubresauts du cher pays de notre enfance. A l’évidence, nous sommes un pays bien curieux et particulier. Probablement, l’un des pays au monde avec les meilleures couvertures sociales (certes en recul depuis quelques années), un environnement exceptionnel (diversité des paysages), un foisonnement culturel remarquable, une préservation de notre éco-système bien meilleur qu’en Asie, un niveau de vie élevé… et cela ne nous rend pas heureux. Je n’arrive pas à comprendre. Le plus amusant, c’est de parler avec des français qui ont choisi de vivre ailleurs (en Asie en l’occurrence) et d’écouter leur profonde incompréhension.

Chemin faisant et en observant, une réflexion est née (et n’est pas terminée). Qu’est ce que préfère l’être humain pour vivre heureux ? Bien sûr ma question à venir porte en elle la réponse ! Vaut-il mieux vivre dans un pays où la liberté est érigée en règle universelle, mais où dans les faits, notre quotidien dépend de trop de lois, règles, procédures ? Inversement, dans plusieurs pays d’Asie, le pouvoir politique est loin d’être un régime démocratique, mais la population se créée ses propres règles et peut entreprendre -par exemple- comme elle le souhaite. J’ai eu cette profonde impression que chacun s’adapte, contourne les lois et que finalement les sanctions sont bien relatives et réduites. Et pourtant ce n’est pas l’anarchie et cela pousse chacun à se prendre en charge, à devenir acteur de son propre développement. Il y a aussi une contingence liée à leurs conditions de vie : ils ne savent pas de quoi sera fait leur avenir (pas de sécu, de retraite, la vie peut s’arrêter du jour au lendemain…) et sont donc beaucoup plus ancrés dans le présent. A la question et que se passe-t-il pour les les plus pauvres ? Cela dépend des pays : certains comme le Vietnam -communiste- mènent des actions. Dans d’autres, c’est la religion et/ou la famille qui prend le relais.

Sur ce dernier point -la religion-, nous sommes tous les trois unanimes depuis cinq mois où la religion est omniprésente et dans tous les secteurs de la vie et de la société (un peu moins au Vietnam, quoique). Et non, contrairement à de nombreux touristes qui ne voient que les côtés positifs, nous sommes plutôt en rejet de ces nombreuses croyances qui conditionnent la vie de tant de personnes. Ce qui vous arrive est forcément la volonté de-s- Dieu-x- et/ou le résultat de vos actions. Bien sûr, les religions structurent les sociétés et il existe des avantages. La vie est bien souvent déterminée et le Karma la réponse à tout. Nous avons été choqués par le rapport à l’argent -des moines, religieux- qui justifient le recours aux dons pour obtenir une vie meilleure (celle des autres bien sûr, mais la leur aussi !).

Alors oui bien sûr, les belles fleurs, les offrandes, l’encens tous les 10 mètres, les chants, les couleurs, le recueillement, c’est assez séduisant dans un premier temps, mais lorsque l’on découvre que cela conditionne les personnes et annihile la réflexion, c’est moins simple à admettre. Paradoxalement, c’est un Islam assez ouvert qui m’a le moins rebuté. Souvent à 5h du matin, j’écoutais l’appel à la prière -non enregistré- du muezzin avec un profond respect et de l’ouverture. Bien sûr, le conditionnement est le même qu’ailleurs.

Ce passage sur ce très vaste continent m’a appris tant de choses et ouvert l’esprit. L’aventure, que ce soit à 3 et avec soi-même est aussi un défi. Presque 24h/24 en vase clos, dans une intimité réduite, la promiscuité à certains moments, l’expérience est apprenante… c’est un euphémisme. Nos âges, conditions, référents et envies ne sont pas les mêmes. C’est amusant d’apprendre à se créer des bulles de solitude pour cultiver son jardin secret dans ces conditions. Bien sûr, nous finissons par nous (soi et les autres) connaître très bien et cela donne des situations où les moindres défauts sont repérés. Autant dans la vie normale on peut -se- raconter des histoires, embellir la réalité, là c’est impossible. Une bonne école pour mettre son ego (parfois son orgueil) en sourdine. Pas simple tous les jours, lorsque vous êtes sûrs que le bon chemin -au sens propre- c’est par là et que les deux autres pensent le contraire. La sanction est immédiate, les faits ne transigent pas, surtout si la fatigue -ou des petits maux- s’invite. Quelle est la différence entre avoir de la suite dans les idées, du caractère et être têtu ? Ben c’est juste une question de point de vue

Les joies et plaisirs partagés sont nombreux et bien présents, sans omettre quelques moments plus rugueux… qui permettent à chacun de se recaler, voire de s’excuser (là, on a des moments de franches rigolades dans un deuxième temps).

Comme on se connait très bien, c’est aussi faire comme si de rien n’était, alors que l’on sait que l’autre est dans une passe difficile… parce que si l’on y prête attention, il y aurait des conséquences pour les options choisies pour les jours à venir. Du genre, ah ben on est trop fatigués et si on zappait telle chose à voir. Les faits nous ont montré que ce choix était le bon. Bref, l’idéal c’est d’être à l’écoute… mais pas trop dans certaines situations.

Pour terminer ce récit sur les 5 derniers mois, nous avons appris -surtout les filles- à cohabiter avec les petites bêtes et parfois des plus grosses (de gros -vraiment gros- lézards, des crapauds, des chiens très bizarres et malheureux…). Pour la literie, lorsque l’on se gratte au réveil, on comprend bien que tout n’était pas très propre. On a aussi compris que dans certains lieux, les draps n’étaient pas lavés, ni les serviettes. Ils les font sécher -sans les laver-, les tirent bien et surtout, vaporisent du « sent bon » pour donner une impression de propreté ou de fraicheur, et le tour est joué. On s’était déjà rendu compte qu’il y avait des petits malins. Et puis, fort logiquement, lorsque ta chambre est très bon marché, il ne faut pas t’attendre à avoir l’argent du beurre et la crémière avec.

Je mesure tant la chance que j’ai de vivre cette expérience en terres inconnues et j’ai cet incroyable sentiment que mon monde intérieur est en pleine expansion. J’ai hâte de poursuivre le tour du monde et de faire de nouvelles découvertes, encore et encore…

Prenez soin de ce qui vous anime au plus profond de vous et vivez, en étant présent et en conscience !

1 commentaire sur “5 mois à parcourir le continent asiatique : impressions

  1. bon, ce matin c était voyage avec vous Tous car Eric, je passe d habitude par élisabeth…mais changeons et bougeons nos habitudes!
    je suis seule et donc je profite..je fais ce qui me fait plaisir donc vous retrouver..
    je vous imagine en nouvelle zélande..ce serait un univers qui me donnerait envie; je me le représente avec des gens vrais , subtils et bruts de pomme dans des paysages très natures et grandioses et il y aurait du rugby pour mes garçons…alors, j attends vos impressions;
    comment va la brûlure d élisabeth; est ce qu elle se résorbe?ça n entraîne pas trop de douleur et de gêne? je propose à la famille ..les vélos électriques..moins dangereux et vraiment, ils aident à pédaler bp bp plus longtemps!
    ici, ce jour, il pleut mais aussi les camélias et le mimosa commencent à fleurir; le matin, j y vois un peu plus clair et les oiseux chantent..
    je vous adresse un peu de ces chants d oiseaux, le parfum des mimosas, et des bisoux à vous partager à 3 et pas en 3!
    a bientôt par le clavier
    claire

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