Vietnam…. un pays qui -se- bouge

Quatre semaines après avoir franchi la frontière vietnamienne dans des conditions épiques, je suis séduit par ce pays… et paradoxalement, ce n’est ni le beau temps (?!), ni les sites grandioses qui y sont pour quelque chose. Ben oui, nous n’avons pas eu un temps exceptionnel -juste convenable- et pour les sites visités, il n’y a tout de même pas de quoi casser trois pattes à un canard. Oh là, j’en vois venir certains pour me dire que je suis déjà blasé et qu’au bout de 5 mois de périple, je deviens difficile. Allez, c’est vrai, le Vietnam il vaut mieux le faire à la fin du printemps ou au mois de septembre, pour voir les rizières sous leur meilleur jour. En revanche, parcourir seul la baie d’Halong en kayak, ou la baie d’Halong terrestre à vélo, c’est exceptionnel. Et bien sûr Hoi An la nuit, illuminée par des centaines de lampions, c’est féérique.

Pourtant, j’ai plus aimé la vie, le mouvement perpétuel, ces concentrations de scooters, d’artisans à même le trottoir dans les grandes villes.

Le courage aussi, que l’on comprend dès que l’on plonge dans l’histoire du pays, à la fois dans cette volonté d’émancipation (du colonisateur que nous étions) et dans le présent, lorsque l’on voit ces femmes et ces hommes par temps froid, dans les rizières ou au sommet d’un immeuble en construction -sans être attachés-.

Ils aspirent à une vie meilleure et depuis 20 ans le pays connaît une insolente croissance. Pays communiste, qui continue d’être contrôlé par le parti et qui en même temps s’ouvre à l’économie de marché avec l’arrivée des géants -technologiques- japonais et coréens. Tout semble partir un peu dans tous les sens, à l’image des constructions dans les grandes villes et dans les lieux touristiques. La dimension écologique semble être le dernier sujet de préoccupation, mais comment les condamner dans leur aspiration à une vie meilleure et plus confortable ? Proportionnellement, ils sont très loin de notre consommation en occident. Dommage que nous soyons leur modèle ! On a envie de leur dire : « stop, inventez autre chose et ne nous copiez pas, nous avons fait fausse route ! »

Enfin, c’est le premier pays depuis la mi-septembre qui semble mieux respecter les femmes ! Ici, nous sommes impressionnés par ce qu’elles dégagent et leur participation dans la société. Elles me donnent l’impression d’être aux commandes. A plusieurs reprises, nous avons observé les hommes faire profil bas, devant la compétence ou l’autorité de celles-ci. Il y a bien sûr ces femmes (d’âge avancé) dans les grandes villes -et parfois des villages- qui vendent le fruit de leurs récoltes ou de leur travail, pour subvenir à leurs besoins. On apprendra au musée des femmes d’Hanoï, que ce sont souvent des femmes veuves ou avec un conjoint handicapé, qui tentent de faire vivre leurs familles. Le savoir me pousse à une plus grande attention lorsqu’elles m’abordent dans la rue.

Dans les montagnes -et peut être les campagnes- l’alcool de riz semble faire des ravages chez les hommes, c’est ce qu’en disent les femmes.

J’ai aussi été fasciné par les rapports entre les gens au quotidien. Au Vietnam, ils sont presque 100 millions et tout ce monde se déplace de plus en plus… et doit faire sa place (on le subit parfois lorsque l’on se fait bousculer, d’ailleurs c’est plus le cas pour Coline et Elisabeth (ma taille me fait parfois passer pour un géant).

Par ailleurs, dans chaque pays visité je suis un observateur des rapports entre chacun sur la route : la circulation « automobile » est un vrai révélateur du fonctionnement d’une société. Un vietnamien qui habite Hanoï, nous expliquait qu’ici « on ne conduit pas, on navigue ». C’est si juste, il suffit de se placer à un carrefour, de louer un scooter ou de vouloir traverser une rue pour le comprendre. Personne ne conduit vite et tout semble fluide, alors que la circulation est si dense et compacte. On dirait un banc de poisson en mouvement. Ici le klaxon est très présent et indiquer sa présence aux autres n’est jamais perçu comme une agression. Séquence admiration, lorsqu’un accrochage se produit, chacun reste calme voire souriant.

Dans un pays communiste et qui fut très dur pendant des années, je pensais que la religion serait absente. Le Bouddhisme est la première religion mais il y a très peu de moines visibles. La deuxième religion est le christianisme (environ 9%) et ma surprise fut de voir de nombreux clochers dans le nord du Vietnam (héritage du passé colonial). J’ai croisé pas mal de vietnamiens avec une croix autour du cou ou la vierge Marie sur le tableau de bord des voitures (à ne pas confondre avec la déesse mère qui lui ressemble à s’y méprendre). Surprise aussi de voir dans le sud, sur des dizaines de kilomètres en partant d’Ho Chi Minh, des églises les unes à côté des autres (par dizaines) avec d’énormes crèches éclairées sur le bord de la route, c’était juste après Noël. Entendre aussi les cloches de la cathédrale d’Hanoï, c’est surprenant. Entrer à l’intérieur et avoir cette impression si inattendue d’être chez soi, après des mois à vivre au sein de si nombreuses cultures différentes.

Bien sûr ce pays n’est pas parfait et nous n’oublions pas que nous sommes -à nouveau- dans un pays qui n’est pas une démocratie… ni vraiment une dictature. Un français nous disait que l’avantage du communisme c’est que tout le monde a un « logement ». (personne ne dort dans la rue).

Ici l’habitat n’est pas franchement beau et souvent c’est le gris qui ressort, même si l’on voit de nombreuses maisons ou immeubles peints avec des couleurs vives. Surprise, en observant les immeubles dans de nombreuses villes, ils s’étirent vers le haut -parfois très haut- et sont très étroits. Et oui l’être humain s’adapte : une taxe sur la surface au sol dans la rue, a poussé chacun à bâtir des immeubles étroits et filiformes. On dirait des boites de chaussures empilées et c’est le cas, il n’y a souvent qu’une seule pièce -toute en longueur- par étage.

Nous comprenons aussi que les animaux sont là pour subvenir aux besoins de la population. Viandes et poissons sont bien visibles, parfois découpés à même le sol sur une bâche, pour être vendus ensuite. L’absence de chaîne du froid sur les marchés -ou dans la rue- ne semble pas poser de problème. Quant aux animaux vivants et prêts à être vendus, les -mauvais- traitements feraient frémir BB. De nombreux chiens -et chiots- sont dans des cages -comme les autres animaux- pour être vendus et l’on comprend que ce n’est pas pour leur affection qu’ils le sont, mais pour finir comme les autres. Nous ne sommes pas là pour juger et nous comprenons que c’est comme cela que cela se passe.

Ce que j’ai beaucoup aimé au Vietnam, ce sont les relations simples et directes entre les gens et avec nous. Il n’y a pas beaucoup de formules de politesse, les relations sont efficaces. En dehors des lieux -trop- touristiques, les relations sont agréables. Les femmes et les hommes ont le même comportement et c’est agréable après la Thaïlande et le Cambodge (prostitution et rapports biaisés entre hommes et femmes).

J’ai aussi en mémoire ces nombreux échanges par le regard et les sourires, avec ceux qui ne parlent pas anglais. C’est une confirmation, on peut faire passer tant de choses sans parler la même langue et cela pousse à être inventif.

Le Vietnam nous a aussi permis de renouer avec les rencontres, principalement de globe-trotteurs et voyageurs, jeunes et moins jeunes très ouverts sur le monde (euh on fuit les grincheux et les touristes qui ne sont pas curieux !). Ils sont souvent si différents, et les quelques minutes ou plusieurs jours partagés, sont un pur bonheur. Je pense à Antoine, Pierre, Alban, Andy et sa copine, un vieux londonien fâché par le Brexit, Donatien, Fabien, Marion, Marina et deux couples plus avancés en âge que nous (dont nous n’avons pas les prénoms). La plupart du temps nous échangeons sur l’essentiel et aussi des tuyaux très pratiques.

Bref, j’ai vraiment apprécié le Vietnam pour sa vie, les personnes (en dehors du tourisme qui modifie les rapports), ses multiples petits métiers, ses marchés, et l’incroyable dynamisme qui se ressent fortement.

Ah j’oubliais, l’humidité ambiante et par temps frais, c’est vraiment désagréable (les affaires qui ne sèchent pas, les draps humides et l’odeur de moisi).

3 commentaires sur “Vietnam…. un pays qui -se- bouge

    1. Merci pour cette immersion dans un pays qui donne envie d’etre Parcouru ! Merci pour cette finesse d’observation et d’analyse dans les rapports entre les gens .. je vous souhaite un bon voyage .
      Pascal J

  1. Une rencontre dans le bus qui n’a duré que quelques minutes mais une superbe rencontre qui me permet de suivre votre périple ! J’adore lire vos articles sur votre blog.
    Je vous souhaite une bonne continuation. Pour ma part je m’envole très prochainement pour l’Inde ! 🙂

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