Mon regard sur le Cambodge

Nous commençons notre séjour au Cambodge par le site d’Angkor. D’ailleurs quand Coline m’a demandé par quoi on allait commencer notre voyage au Cambodge, je lui ai répondu par la visite des temples à Angkor. Elle m’a dit : Encore (des temples) ? Non Angkor. Voilà on a de l’humour dans la famille. Coline m’a gentiment glissée à l’oreille que j’avais de l’humour mais seulement à l’écrit. Je me contenterais de ce compliment. Remarque après avoir fait pleurer dans les chaumières avec mes livres, je suis contente si je peux faire rigoler un peu.

Durant trois jours, nous visiterons tous ces temples. Nous tombons sous le charme de certains et imaginons la vie ici il y a quelques siècles. Nous avons eu la chance de visiter le plus grand d’entre eux sans grand monde, ce qui revient à dire sans chinois. En revanche catastrophe au temple de Ta Prohm. La visite de ce lieu pourtant si beau et unique est un peu gâchée par tous ces groupes de chinois qui ne pensent qu’à se prendre en photo tout le temps, mais alors tout le temps. Ils prennent en plus des poses à la limite du ridicule. Nous avons essayé de les imiter avec Coline pour vous donner une idée. Nous sommes souvent consternés. Après avoir bien profité et contemplé ces merveilles du passé, nous quittons Siem Reap pour Battambang.

Pour cela nous choisissons d’y aller en bateau ou plutôt sur une barquette à moteur pendant 7h. Ce fut une magnifique journée. Nous avons pu observer de loin la vie sur les villages flottants. C’est extraordinaire. D’y vivre je ne sais pas mais de regarder la vie qui s’organise sur l’eau c’est bluffant. L’école est aussi sur l’eau, c’était extra de voir les enfants aux fenêtres nous faire des coucous et des sourires. On les voyait aussi se déplacer sur les barques. Tout au long du trajet, le conducteur du bateau klaxonne pour annoncer sa présence et les habitants viennent en barque apporter des colis ou embarquent eux-mêmes. Nous avons vraiment adoré cette journée.

Nous avons ensuite décidé de rejoindre le sud du Cambodge. Nous voici donc dans la région de Kampot et de Kep. Kampot j’ai moyennement aimé. Beaucoup d’expatriés ventres bedonnants, beaucoup de pizzerias, d’occidentaux. On a l’impression que tous les hôtels sont tenus par des expatriés. On a eu le droit à un irlandais qui nous faisait tellement penser à Mister Bean qu’on se retenait de rire avec Coline quand il nous parlait. Puis à une italienne pas sympathique du tout dans un autre hôtel. Mais elle avait une belle piscine alors on ne lui en veut qu’à moitié.

A Kampot, ce qui est beau c’est la campagne environnante. Un matin nous avons décidé d’aller la contempler de près. Contrairement à la Thaïlande où nous étions trois sur un scooter, je tente l’aventure sur mon propre destrier. La dernière fois que j’en ai conduit un, je devais avoir 17 ans, c’était la 104 de ma copine Claire qui se reconnaîtra. Je lui passais mon vélo et elle gentiment me laissait m’amuser. J’en garde une sensation de réelle liberté et j’avoue aussi une satisfaction de ne pas avoir à fournir d’effort. Pour ceux qui savent mon âge et qui le tairont par courtoisie, ce temps-là est bien lointain. Tout le monde a l’air d’en faire aisément ici, je me dis que ce ne doit pas être compliqué.

Sauf que… On commence à aller en ville pour prendre de l’essence. Eric me donne juste les consignes de base. C’est à dire en gros débrouille toi. Et au moment de sortir de la station service sans que je comprenne ce qui m’arrive, je me mets à faire une accélération de malade (le scooter étant assez puissant -125 cm3-). Eric et Coline ont cru que j’allais mourir et ont eu très peur (comme quoi ils tiennent un peu à moi, c’était un test), moi-même j’ai vu ma dernière heure arriver. Plus de peur que de mal heureusement. C’aurait été dommage de faire les gros titres du journal du coin : une française kaput à Kampot (oui là je sais c’est nul comme blague). A ce moment-là Eric a compris que me donner quelques indications pour conduire cet engin ne serait pas superflu.

Deuxième frayeur du jour, nous partons sur une grande route. Donc de multiples camions, d’innombrables scooters et moi là-dedans essayant de me frayer un chemin. Quand je pense que j’imaginais une petite balade toute seule dans la campagne pour m’émerveiller devant les rizières ou les marais salants. Bref au bout d’un moment nous bifurquons, car c’est pas le tout mais on a un tour du monde à finir et ce serait bête que cela se finisse en compote à Kampot (oui là aussi c’est pas du haut niveau).

Après cette première heure un peu tendue pour tout le monde : moi très concentrée sur mon scooter, Coline vérifiant toutes les deux secondes que je suis, Eric se demandant quelle idée lui avait pris de me dire de prendre un scooter, nous avons enfin pu regarder le paysage. On est quand même venu pour ça non ! Petit à petit je commence à dompter le scooter et je sens qu’Eric se détend aussi. C’est alors que nous trouvons enfin la route de rêve. Un chemin en terre rouge passant au milieu de marais salants, de rizières, loin de tout et sans personne. Le bonheur.

Je ne suis pas encore une pro mais je m’améliore. Faut dire que j’avais un peu « le seum » comme dirait Coline (ceux qui ne connaissent pas l’expression n’ont qu’à demander à leur ado). Ici on a l’impression qu’ils apprennent à faire du scooter en même temps qu’apprendre à marcher. A se demander même s’ils savent marcher d’ailleurs. Et puis il y a tous ces scooters où ils sont à trois, à quatre, avec des bébés, avec des chiens, avec des cochons (morts…enfin j’espère). Alors y’avait pas de raison que je n’y arrive pas non plus. Voilà, on est maintenant prêts pour le Vietnam où nous espérons faire de belles balades en scooter.

Dans les choses marrantes au Cambodge il y a la tenue des femmes. Elles sortent en pyjama, si, si je vous assure. Et c’est cool car tout le monde a l’air de trouver ça normal. Ce sont des beaux pyjamas remarque. Je pense bien sûr que pour elles ce ne sont pas des tenues de nuit mais pour nous occidentaux c’est assez drôle.

Dernière chose sympathique à Kampot, c’est la balade nocturne sur un bateau. Ils vous le vendent pour voir le sunset mais que nenni on n’a rien vu. Très rapidement il fait nuit et on sent une sorte de quiétude, de relâchement chez tout le monde. On ne voit rien et pourtant on est bien. Au bout d’une heure, le bateau s’arrête près de la rive et on se demande bien pourquoi. Ils éteignent toutes les lumières et le silence se fait. On voit alors des petits points lumineux dans les arbres et dans l’herbe. Ce sont parait-il des lucioles. Nous le mot luciole ça nous parle, car après la mort de Camille, je ne sais pas pourquoi c’est une image qui nous est venue. On demandait à Camille de semer sur notre route des lucioles (c’était la période où on divaguait un peu hein !). Des traces de sa présence, de l’espérance, de la force pour continuer à vivre sans elle. Et là, bim, voilà qu’au fin fond du Cambodge ils nous en servent sur un plateau. Elle est pas belle la vie. De plus, pour rajouter à la magie du moment, ils mettent une chanson de Jason Mraz. Ce chanteur américain est le chanteur par excellence qui nous lie à Camille car elle nous l’avait fait découvrir et nous étions allés à un de ses concerts ensemble. Je n’aime pas l’idée des signes mais là j’étais drôlement contente de vivre ce moment qui me rapprochait de ma Camille.

Après Kampot, nous sommes partis à Kep. Toute petite bourgade mais qui a l’avantage d’être à la mer. Nous avons trouvé une guesthouse de rêve. On se croyait dans la jungle mais une jungle raisonnée car la guesthouse est tenue par un suisse allemand. Des hamacs, des balançoires dans les arbres, des bungalows trop mignons, on se croyait dans le village des schtroumpfs. On pose nos sacs, d’avance conquis. Parfois juste contempler la végétation, lire un bon bouquin suffit à mon bonheur. Le jour de Noël nous partons tôt le matin sur une petite île. Là, la seule activité qui s’offre à nous c’est de nous baigner et de lire dans des hamacs. J’avoue ça me convient bien.

Avant de quitter le Cambodge, nous passons à Phnom Penh. La visite principale et la plus importante pour nous est d’aller au Centre S21. C’est là que furent emprisonnés et torturés un si grand nombre de cambodgiens entre 1975 et 1979. Nous nous étions préparés psychologiquement à cette visite en lisant l’histoire du pays. Eric vous racontera en détail ce lieu. Pour ma part je vous livre juste mon ressenti. En arrivant dans ce lieu et après juste quelques minutes à écouter l’audio guide je ressens déjà mes poils se hérisser. La narration de l’audio guide nous accompagne tout au long de la visite. Sans cette aide nous passerions à côté de beaucoup de choses et notamment de récits de survivants ou de familles de cambodgiens. J’étais évidemment très émue d’entendre et de voir tant de cruauté. Comment l’homme est-il capable de faire subir tant d’horreur à un autre homme ? Que cela se passe dans une ancienne école rajoute à la barbarie. Car s’il est un endroit qui doit élever l’homme c’est bien celui-là.

J’ai passé beaucoup de temps à regarder chaque visage. Des hommes, des femmes, des enfants. Je ne pensais pas prendre de photos. Je trouvais ça indécent. Et puis j’ai changé d’avis. J’ai choisi quelques visages pour les garder en moi, comme pour leur redonner une humanité perdue. Nous sommes restés toute une matinée. La visite se termine par l’écoute d’un requiem très beau. Ultime hommage à tous ces gens qui ont tant souffert. En quittant S21 je n’en menais pas large. Dans le tuk-tuk qui nous ramenait je n’ai pu m’empêcher de verser quelques larmes.

De même que j’aurai voulu visiter Yad Vashem à Jérusalem et je pense que j’y retournerai juste pour ça, je pense qu’il faut se confronter aux horreurs commises par l’homme pour ne pas oublier. Pour ne pas croire que cela ne peut pas se reproduire. Pour apprendre du passé et rester vigilant. Notre monde d’aujourd’hui peut nous porter au pessimisme si souvent.

Voilà la fin de notre périple au Cambodge. D’ici peu nous passerons la frontière terrestre pour le Vietnam. Cela fait longtemps que j’ai envie de découvrir ce pays.

Je vous souhaite à tous et à chacun de très bonnes fêtes et je vous embrasse.

Elisabeth

6 commentaires sur “Mon regard sur le Cambodge

  1. Merci pour ce partage. Une de meilleurs amis y a perdu presque toute sa famille. Meme en France, il vivait encore la bas….ton evocation me fait penser a lui.

    Tres belle année 2019 aux globe trotters.

  2. Entre départ sur « les chapeaux de roue » d’Elisabeth qui retrouve ses 17 a sur un deux roues et l’émotion des lucioles et de la visite du camp, un récit qui à l’image de la vie mêle le rire et les larmes.

  3. Magnifiques photos et article très touchant ! Merci de retranscrire aussi bien vos émotions.
    Hâte de découvrir ce pays.
    Marina (copine de Marion rencontré dans le bus pour Sapa).

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