Thaïlande : la carte postale…… et l’envers de la carte !

Pour la carte postale, tout le monde le sait, c’est un pays magnifique où il fait bon vivre…..

La Thaïlande déploie ses charmes pour le touriste, le pays est accueillant, propre, calme et les gens semblent gentils et heureux. Sur ce dernier point, c’est à la fois ce que nous avons pu observer dans de nombreuses situations et confirmé par plusieurs personnes rencontrées. Toutefois, on a bien compris qu’il ne faut pas énerver le thaïlandais, il parait qu’il a le sang chaud.

La douceur de vivre, la richesse du pays (par rapport à ses voisins, bien plus pauvres) et un avenir plutôt prometteur, sont des éléments objectifs pour être collectivement heureux.

La belle carte postale est un véritable patchwork, tellement les différences sont étonnantes dans ce pays. Tout d’abord, sa géographie en fait un pays aux frontières protéiformes -fruit de l’histoire- et il s’étale en longueur dans sa partie sud. Parallèlement, on peut observer d’incroyables différences entre Bangkok, mégalopole de 10 à 15 millions d’habitants (ils n’arrivent pas à savoir exactement !), les campagnes (60% de la population), les côtes et les îles paradisiaques -euh pas toutes, le tourisme fait des ravages- du sud et le nord si différent, avec Chiang Maï comme pôle d’attraction.

Ce pays est aussi un formidable patchwork de personnes : physiquement les différences sont marquantes et j’ai eu l’impression de changer de pays à plusieurs reprises. Dire que les thaïlandais se ressemblent seraient une injure à leurs provenances si variées. En revanche, ils sont unis autour de leur roi (l’ancien était adulé) et le bouddhisme, religion d’état qui en est le ciment….. bien épaulé par l’armée, qui a pris le pouvoir depuis 4 ans (des « élections » sans cesse reportées, se dérouleront théoriquement en février 2019). Particularité de ce pays, dès le plus jeune âge on leur apprend qu’il y a la Thaïlande… et puis le reste du monde.

Vous me voyez venir, la belle carte postale nécessite d’aller observer l’envers du décor, que bien souvent le touriste ignore.

Allez, je balance et je commence par un des sujets qui fâche et qui est tabou (pour le pays, pour les touristes, sauf ceux qui sont y vont pour cela !) :

Prostitution et tourisme sexuel ne sont pas une légende : vous le savez, j’aime bien arpenter les villes et sortir des sentiers battus. Les salons de massage sont très nombreux et n’ont pas tous la même vocation. Deux indices : seul je me faisait aborder sans cesse…. et le lendemain -aux mêmes endroits- plus du tout lorsque j’étais avec Elisabeth et Coline. Deuxième indice ; une masseuse un peu -trop- jeune et trop maquillée, cela sent le massage d’un autre genre. En plus, j’étais dans la cible -en âge mais pas pour les autres indices- des touristes qui viennent s’acheter du bon temps. On les reconnaît tout de suite : ils ont entre 40 et 70 ans, semblent partir à la chasse, parlent très fort, aiment la bière, et ont le ventre qui va avec. Le soir on les voit dans les bars, entourés de -très- jeunes femmes et comme disaient Elisabeth et Coline, c’est à vomir ! Nouveauté, les réseaux sociaux facilitent encore plus cette activité qui parait-il rapporte beaucoup au pays. Un soir, j’étais assis derrière trois allemands et j’observais ce qu’ils faisaient sur Whats’App. Ben tout naturellement, il choisissaient des« profils » féminins pour le soir et prenaient rendez-vous. Cela peut faire sourire, mais c’était triste à observer. Soyons précis, la prostitution concerne au minimum 300 000 personnes (en France entre 15 et 30 000 prostituées pour le même nombre d’habitants) et certains parlent de 2 millions -chiffre excessif- de femmes qui en font le commerce ! Et contrairement à ce que l’on pense, la prostitution est majoritairement « consommée » par de la clientèle locale et asiatique. Dernier point, les agences de voyages proposent -de façon à peine dissimulée- le tourisme sexuel comme option.

L’ordre, l’ordre et encore l’ordre : (ben oui, après ce que nous venons d’évoquer, nous ne sommes pas à un paradoxe près !)

La discipline et l’ordre nous sautent aux yeux, surtout lorsque l’on arrive d’Inde. C’est propre, peu bruyant et tout le monde respecte les règles. Cracher, fumer et plein d’autres choses, font l’objet d’affichages informant des amendes encourues. Prendre le métro vaut le détour, juste pour observer les gens se mettre sur deux files indiennes en attendant l’arrivée de la rame ! Et si vous avancez trop, un sbire avec un sifflet vous remet dans le droit chemin. La profusion des caméras de surveillance sur la voie publique et ailleurs -partout, même dans les sanitaires de l’auberge de jeunesse- donne le ton.

Par ailleurs, le conditionnement commence très tôt : une personne rencontrée nous expliquait qu’il ne voulait pas mettre son enfant à l’école (en maternelle) parce que les méthodes d’éducation sont celles d’un autre temps. Tous les enfants sont au garde à vous et chantent l’hymne national chaque matin. L’esprit critique n’est pas du tout cultivé, bien au contraire et les rares universitaires qui s’y exercent sont inquiétés (ici les méthodes répressives sont musclées et la prison fait peur). Le crime de lèse-majesté existe et personne n’ose critiquer le roi ; cela peut conduire en prison pour de nombreuses années. Des portraits géants de l’ancien roi et de son fils ornent les lieux publics (y compris les hôtels, restaurants), les routes… et beaucoup de citoyens en affichent la photo chez eux.

La monarchie est sacrée et les militaires s’en servent pour asseoir leur pouvoir. Plusieurs personnes nous ont dit que la politique n’intéresse -presque- personne et que ce n’est pas un sujet.

Cette société qui a connu une croissance économique très forte pendant de nombreuses années, semble tournée vers le consumérisme le plus débridé. C’est toujours plus : qu’il s’agisse de voitures, des derniers smartphones, des vêtements de marque, il est important de pouvoir afficher des signes extérieurs de réussite et de richesse. Ce n’est pas que de l’observation, les français vivant depuis longtemps dans le pays, le confirment. Signe de la mondialisation, les attitudes avec les nouvelles technologies se standardisent : dans le métro, j’ai calculé que 90% des personnes étaient sur leur smartphone. A Bangkok, les sourires ont disparu et les gens semblent soucieux, à l’instar de toutes les grandes villes du monde. Attention à l’apparence de richesse en trompe l’œil, tout le monde n’est pas nanti et le salaire moyen en Thaïlande est de 470$ par mois. De vrais travailleurs pauvres font tourner le pays, il suffit de s’écarter des grands axes dans Bangkok et d’arpenter les petites rues, pour observer deux mondes bien différents.

Et le Bouddhisme ?

Religion d’état (93%), avec ses quelques 300 000 moines et des temples partout….. sauf dans le sud où se concentrent les musulmans (4 à 5%). Le bouddhisme Thaï est bien spécifique dans ce pays : en effet, il est omniprésent, organise la vie des gens et semble au service du pouvoir. Les dons en nature-alimentaires par exemple- sont présents dans les temples et les billets de banque s’affichent sur des bannières suspendues dans bon nombre d’entre eux. De récents scandales ont éclatés et le vœu de pauvreté de certains moines, a semble-t-il connu quelques entorses (un moine a été condamné à 134 ans de prison pour fraude, il en fera 20 au maximum).

Bref, derrière la belle carte postale de ce pays bien agréable à découvrir, il existe une drôle de société aux multiples visages qui oscille entre une société très religieuse, à la fois tolérante, ultra consumériste, mais aussi très conformiste, dévouée à sa monarchie et contrôlée par les militaires.

Ah j’oubliais, une autre ombre sur la carte postale, il ne faut pas parler de la corruption, puisque cela ne s’appelle pas comme cela. Depuis toujours, pour demander un service aux puissants et avoir leurs faveurs, il faut faire une offrande. Et bien la tradition perdure et semble être respectée, c’est simple et normal (pour le business, des formalités administratives…). Conscient de la mauvaise image pour le pays, à l’aéroport de Bangkok, il y a partout des affiches qui disent « no Tips », jusque sur le comptoir du douanier… On comprend que l’information est plus un rappel pour ce dernier, que pour le touriste.

Allez, si je vous dis que j’ai beaucoup aimé ce pays, ses habitants….,, et qu’en même temps, dès le premier jour, il y avait quelque chose qui me dérangeait, cela ne vous étonnera pas.

PS1 : mauvaise pioche, dans le bus qui nous emmène de Bangkok au Cambodge, je tombe sur 2 français et j’engage la conversation. Mal m’en a pris et naïveté de ma part (Elisabeth qui a du flair, m’avait dit « oups, elle râle pour les toilettes à la turc »), ils n’aiment que les pays propres (sic!) et à la deuxième phrase je comprends que j’ai devant moi deux bons franchouillards bien racistes  ! Argh, j’ai honte !

PS 2: Elisabeth ne voulait pas que je publie ce post tant que nous étions en Thaïlande, elle avait peur que j’aille en prison 😉

PS3 : désolé, Elisabeth n’aura pas de récit de bus à réaliser…. j’avais choisi une compagnie sûre et même si la conduite est plus sportive au Cambodge, nous nous habituons.

1 commentaire sur “Thaïlande : la carte postale…… et l’envers de la carte !

  1. merci Eric de tous vos partages… cela est très enrichissant d’avoir votre point de vue, dans tous les sens du terme.
    je me permets aussi une remarques sur la prostitution d’enfants qui m’avait aussi beaucoup choquée (il y a 25 ans !) en Thaïlande… et qu’on retrouve hélas dans de nombreux pays… le shéma nord/sud de l’exploitation des hommes ou plutôt ici des femmes par les hommes… le nord des pays est généralement plus pauvres et ce sont leurs compatriotes qui font ce trafic, tout comme en afrique comme Au ghana ou autre pays avec les esclaves. Les habitants des côtés sud venaient chercher les hommes du nord pour les emmener et les vendre. les femmes et très jeunes femmes viennent souvent du nord de la Thaïlande emmenées par des thais eux mêmes. et quelle tristesse de voir ces hommes occidentaux que vous décrivez si bien, les mêmes croisés il y a 25 ans.

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