Bye bye Népal, re-bonjour Inde

Nos presque trois semaines au Népal nous ont beaucoup plu. Tout comme Eric, je porte un double regard sur ce que nous avons vécu. Un premier regard émerveillé par les paysages époustouflants et un deuxième plus amer sur la situation de ce pays.C’est toujours curieux de se sentir de passage quelque part et de savoir qu’à priori on ne reviendra pas. Comme si on venait juste cueillir des sensations, des émotions. Quand nous voyons des situations de vie difficiles, je dis souvent à Coline que ce que nous apercevons c’est le quotidien des gens. Une vie tellement différente de la nôtre. Notre regard ne se veut pas voyeur. Nous ne faisons que passer certes, mais nous apprenons il me semble de ce que nous découvrons. Cela nous servira dans notre quotidien en France, dans le regard que nous porterons sur la vie.

Ce qui m’émeut beaucoup, c’est de croiser la route d’écoliers ou de collégiens. Au Népal, nous logions dans un tout petit village dans la montagne dans une guesthouse. Dans la famille il y avait trois enfants. Nous les avons vu aider au service pour la restauration et aussi jouer puisqu’ils étaient en vacances. Le jour de notre départ, ils reprenaient l’école. Nous avons pris le bus local pour descendre du village dans la vallée. Le bus était rempli d’enfants et de collégiens en uniforme dont le petit garçon de notre guesthouse. Il était méconnaissable. Alors que nous l’avons vu jouer en jogging et sweat-shirt, ce matin-là il portait fièrement l’uniforme de son école avec une cravate. En voyant sortir tous ces jeunes de leurs maisons poussiéreuses, on se demande comment leurs chemises peuvent être aussi impeccables. Cela reste un mystère et une admiration. On sent combien l’école est importante pour ceux qui ont la chance de pouvoir y aller. Quand ils portent l’uniforme, c’est comme une deuxième peau. Comme s’ils devenaient autre. Avides de savoir, de vie en communauté et rêvant sans doute d’une vie meilleure que leurs parents. On repense souvent au merveilleux film « Les chemins de l’école » où l’on voit des enfants de pays différents faire des kilomètres chaque jour pour aller à l’école.

Eric vous a très bien décrit la vie difficile des népalais dans le quotidien, loin de nos rêves de montagnes, nous qui comme tant de touristes venons de si loin pour vivre la vie de Heidi. Je me dis que souvent ils doivent bien se demander ce que l’on cherche à vouloir marcher ainsi. La marche en montagne pour le plaisir est une activité de riche, même si cela paraît curieux de le dire.

Je terminerai donc juste en vous racontant notre dernier jour au Népal. Nous souhaitions rejoindre le Sikkim, région située au nord de l’Inde. Pour cela nous avions deux possibilités : faire 24 heures de bus sur les routes népalaises ou faire 3/4 d’heures d’avion. Nous avons longuement pesé le pour et le contre. Le côté écologique et économique de prendre le bus, la rapidité et le confort de l’avion. En ce qui concerne les routes népalaises, nous avons estimé que nous les avions bien testées et à l’idée de passer 24 heures dans un bus local avec la musique népalaise à fond, comment vous dire, on a ressenti d’avance une sorte de lassitude. Quand ils mettent leur musique, on ne peut même pas se parler, c’est vous dire combien le son est poussé à son maximum. Cela explique sans doute pourquoi ils parlent si forts, ils sont tous sourds à 30 ans ! Ce que j’ai ri en voyant le jeune népalais de 20 ans à côté d’Eric dans le bus se taper la tête contre le siège avant à chaque fois qu’une nouvelle musique commençait. Cela doit faire le même effet à un jeune de 20 ans français qui doit subir du Dalida ou de l’Edith Piaf pendant 8 heures sans interruption. Bref, vous l’aurez deviné, on a opté pour l’avion. Et là, en lisant notre guide préféré, on a bien rigolé. Il y est écrit noir sur blanc qu’entre prendre un bus pendant 20 heures ou un petit avion, les chances de survivre sont quasi égales. La flotte aérienne népalaise a en effet une très mauvaise réputation. Ma réflexion a donc été, quite à mourir, autant mourir vite, va pour l’avion. Nous voilà donc partis dans notre petit avion de la compagnie Yeti Airlines, ça ne s’invente pas. On est parti en retard mais peu importe. J’ai savouré ces 3/4 d’heures comme jamais. En plus nous apercevions les sommets enneigés. Et comme je vous écris ce soir, c’est que nous avons survécu. Toutes ces légendes écrites dans les guides pour nous faire peur, quelle honte !

Nous avons atterri au milieu de nulle part. Il n’y avait même pas d’aéroport, juste une piste. Avec nous, des népalais et des indiens et un seul touriste. Notre objectif était d’atteindre ensuite la frontière pour passer en Inde. Comment, ça on ne savait pas. Je me suis dit, on n’a qu’à proposer au touriste de partager un taxi avec nous ou de lui demander conseil, on ne sait jamais c’est peut être un connaisseur du coin. Quoique faudrait le vouloir parce qu’il n’y a rien. Alors que je m’apprêtais à l’aborder, je vois des gens du coin se précipiter sur lui et lui mettre autour du cou des colliers de fleurs et lui faire plein de salamalecs. Eh ho on n’est pas à Tahiti ici ai-je eu envie de leur dire ! Et nous alors, pourquoi personne ne nous accueille avec des colliers fleuris aussi ! Non mais sans blague ! Nous voilà donc repartis tous penauds dans notre petit taxi pour la frontière.

Arrivés là-bas, il faisait déjà nuit…à 16h30. Bonjour l’ambiance. Nous sommes les seuls touristes et nous arrivons à trouver le premier bureau d’immigration. Tout se passe bien. Ensuite on nous dit de traverser un pont pour atteindre l’Inde. Soit. Nous voilà donc tous les trois dans la nuit en train de marcher le long d’un pont interminable. On ne voyait pas à 10m, c’était surréaliste. L’image qui m’est venue, c’est au temps de la guerre froide quand les Etats-Unis et les Russes s’échangeaient des espions. Ambiance je vous dis. Arrivés au bout du pont, des militaires nous font signe. Ils font des blagounettes de militaires, nous proposent de nous asseoir, nous offrent des gâteaux. Bref, ils sont contents, ils s’ennuyaient apparemment. Et puis tout d’un coup, ils nous disent, faut vous dépêcher, le bureau de l’immigration indienne ferme dans dix minutes. Quoi, mais alors vous êtes qui vous ! Vous servez à quoi ! Ah les cons ai-je pensé dans mon for intérieur ! On est donc repartis vite fait, toujours dans le noir, pour un bureau qui se trouvait on ne sait où. L’idée de devoir dormir par ici m’a fait courir plus vite que mon ombre j’avoue. On arrive par miracle à trouver ce bureau et là on sent bien qu’on est pas les bienvenus. On s’en moque, il est six heures moins cinq on est dans les temps. Dernier effort, il nous faut trouver un bus pour aller à Siliguri à une heure de là. Nous voilà pour la énième fois sur la route dans la nuit et nouveau miracle on trouve un bus au milieu de camions et de rickshaws. A t’on une bonne étoile avec nous pendant ce voyage ? Oui, évidemment…

Je vous raconte le bus ? Vous allez croire que c’est une obsession chez nous de vous parler des bus, mais non même pas. Celui-là, c’est le niveau encore en dessous de ce qu’on connaissait. Mais si, c’est possible je vous le promets. Avec Coline nos regards l’une vers l’autre voulaient dire : On s’assoit, on s’assoit pas ? Et puis bien sûr on s’assoit et on sourit parce que la vie elle est comme ça. Nous sommes arrivés à bon port, on se fait un tchek de victoire quand on pose nos sacs à dos dans notre chambre. On a encore vécu une journée de ouf.

Demain, à nous un nouveau trajet en bus pour rejoindre les montagnes du Sikkim. Cela vaudra sans aucun doute un nouveau récit. Si on écrit un livre, on l’appellera : Le tour du monde en car vu par les Gentil 😉

Elisabeth

 

6 commentaires sur “Bye bye Népal, re-bonjour Inde

  1. Babeth, tu me fais tellement rire….Ah les cons!…
    Le prochain bus, savourez-le en vous disant que celui d’après sera pire…

  2. Là j’avoue que j’ai bien rigolé !!!! Ceci dit il doit y avoir quelques moments d’angoisse…
    Séquence émotion avec ton petit écolier…
    Quelle aventure ! Merci de ce partage !!

  3. Ça pourrait donner aussi dans le style « les Gentil Bus » ou « les bus pas si Gentil » ou « le monde vu des Gentil Cars » ou « sur les routes du monde en Gentil car »… petit délire pour partager ces heures de route avec la cohue, l’entassement, la sono à fond et… les odeurs, effluves, senteurs et tout et tout : de l’ail aux doigts de pied, du tabac aux poils de biquettes, du savon aux lessives pas faites, etc… la vie quoi !!! Bon chemin vers Varanasi…

  4. Coucou Babeth, quel bonheur de te lire, jolie plume !! j’ai beaucoup ri et j.attends avec impatience la suite de vos aventures en bus 😂 bises à vous trois

  5. Bravo à Elisabeth pour ses talents de conteuse. On rit, on tremble, c’est du polard aventurier ! Quand elle évoque l’écolier si beau et fier en uniforme j’ai pensé aussi à « sur les chemins de l’école » que l’on devrait passer dans tous les établissements scolaires de France où tant d’enfants vont en trainant les pieds. Magie de lire les lignes d’Eric alors que vous êtes à l’autre bout du monde.

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