Népal….. si beau et chaotique

Parler de ce pays après presque 3 semaines, n’est pas simple.

Plutôt que de raconter ce que nous avons fait, voici quelques images fortes et des infos sur ce pays.

La première et qui illustre la vie dans ce pays, c’est notre voyage en car « local » pendant 6 heures, hier. Pour ce tour du monde, nous comptons nos sous et voulant jouer le malin, je fais le pari -partagé avec Elisabeth- qu’en se pointant sur la route principale qui passe entre deux grandes villes, un car de touristes aura bien trois modestes places pour nous et nos sacs. Déjà première surprise, nous ne sommes pas les seuls touristes, mais ceux qui attendent sur le bord de cette route très poussiéreuse, ont un billet réservé….. mais vraiment au prix fort. Je me mets en quête d’un rabatteur sur le bord de la route, qui me demande beaucoup trop, je négocie et on trouve un accord sur un bon tarif. Mais voilà que mon gars disparaît et je le vois 150 mètres plus en amont, sûrement pour arrêter le bon bus.

C’est que nous sommes un lundi matin, après 5 jours de fêtes dans le pays pour la nouvelle année et tout le monde veut rentrer à Katmandou.

Je vais revoir mon gars qui me fait signe que c’est pour bientôt. Nous, on continue à discuter avec les autres touristes….. et le temps passe, ainsi que de nombreux bus…. sans s’arrêter.

Puis mon homme nous propose de monter dans un bus tout pourri…. je dis non. Bref, il nous faut attendre ! 15 mn plus tard, il nous propose un bus, presque aussi vieillot et « local » que le précédent… là, les filles ne sont pas trop partantes, mais je me dis que lorsque tous les bus seront passés, ce sera trop tard. Je vais au contact de mon homme pour savoir le prix…. et il me dit le même que pour le bus de luxe. Puis il commence à bousculer vigoureusement le co-pilote du bus, je comprends qu’ils se fâchent et ne sont pas d’accord sur la commission….. et mon rabatteur s’en va et lâche l’affaire. Je reprends la discussion avec le co-pilote et nous trouvons un bon prix. Et nous voilà à monter -grimper?- dans un drôle de bus, où une nouvelle fois nous sommes les seuls étrangers. Les sacs à dos sont mis dans la soute archi sale, entre le pneu de secours et d’autres choses très sales ! En montant je vois que tout le monde met son sac dans le couloir central du bus et j’en comprends mieux la raison.

Et nous sommes partis pour 6h de voyage, avec la musique népalaise à fond (les jeunes népalais à côté de moi n’en peuvent plus, ils veulent de la musique occidentale). Le chauffeur conduit bien ; ces hommes sont des héros, lorsque l’on voit ce qu’ils font. Comme c’est un bus « local » les pauses pipi et déjeuner se font dans des lieux moins propres que ceux pour les touristes (cqfd).

Bien sûr, après 2 h de transport, le co-pilote passe dans les rangs pour se faire payer….. et me demande beaucoup plus que prévu : entre le regard d’Elisabeth et mon ton de voix, il est vite revenu à notre accord initial. Bon, il se fâchait avec presque tous les passagers, c’était sa méthode.

Puis, nous avons eu l’épisode de la crevaison. Incroyable, le chauffeur s’arrête sur le terre-plein d’un « restaurant » et en moins de 10 mn, il change le pneu. Il a mis un gros cric sous le car, s’est allongé sur un bâche -sous le car-, puis a changé le pneu (celui où étaient nos sacs à dos, bonjour l’état des housses de nos sacs à l’arrivée!)…. et nous revoilà repartis.

Et pendant les 3h à venir, assis au fond du car, j’observais tous les népalais assis les uns sur les autres, certains dormant sur d’autres. J’avais l’impression que nous étions dans le même navire et que nous formions une communauté. Certains ont passé 9h30 dans ce car (pour faire 200 kms) pour revenir chez eux, reprendre leur vie et cela dans une forme d’acceptation positive. Personne n’a râlé , les gens étaient gentils entre eux et avec nous. Il y avait quelque chose d’universel, au sens où cela nous parlait de la condition humaine, que nos partagions tous. Je méditais en voyant toutes ces personnes dans le bus, ballottées par les soubresauts de la chaussée et les si nombreux virages. Curieusement, c’était un moment magique, en plus avec une belle lumière de fin de journée sur cette route de montagne, avant de plonger dans la folie de Katmandou et ses files interminables de bus et camions, crachant des nuages de fumées noires, sur une route en terre et défoncée (en pleine ville).

Autre image, ce sont bien sûr une nature et des paysages à couper le souffle. C’est juste incroyable et un plaisir de tous les instants. C’est à la fois pour les habitants de ces lieux magiques et aussi pour les si -trop?- nombreux touristes qui viennent au Népal.

C’est un des pays les plus pauvres de la planète, qui a en plus été très durement touché par le séisme de 2015 (10 000 morts) et dont la jeune démocratie a du mal à se remettre.

Contrastes saisissants entre la si belle nature, l’air pur des montagnes et la capitale Katmandou, si congestionnée (dans tous les sens du terme), avec une pollution augmentée par une poussière qui s’immisce partout : de nombreuses routes et rues sont encore en terre et le séisme a aggravé la situation.

On sent que les gens sont solides, travailleurs et résistants au mal.

Pendant ce temps, des flots de touristes, bien préservés de la réalité quotidienne des népalais, déferlent sur ce pays, pour le visiter. Lorsque ce sont des voyages organisés, l’argent ne revient pas vraiment aux locaux, juste quelques miettes. Mieux vaut trouver des acteurs locaux du tourisme et payer soi-même ses hébergements, les transports et ses repas…. au moins on sait à qui va l’argent.

Bien sûr, le tourisme fait vivre du monde, directement 4% de la population et indirectement beaucoup plus, mais les dégâts risquent d’être irrémédiables dans quelques années.

Ce pays a deux géants comme voisins : l’Inde (voisinage compliqué pendant des années) et la Chine. Pays dont l’influence est de plus en plus marquée….. les chinois financent des routes et limitent la contestation des tibétains en exil au Népal. Bref, l’avenir du Népal est un peu sombre, un peu à l’image des nuages de poussières qui obscurcissent la capitale à certains moments.

Bien évidemment, il existe tant de villages à découvrir, de coins reculés, vierges de toute intrusion touristique, qu’il faudrait plusieurs mois pour saisir toute l’essence de ce fabuleux pays.

Juste à côté, paradoxalement sans frontière commune, puisque l’Inde est entre les deux depuis 1975, il y a le Bhoutan. Pays connu pour son indice de bonheur, plutôt que le PIB lié aux niveau économique. Le Bhoutan a trouvé la solution pour le lutter contre le tourisme de masse, il faut payer -dépenser- au minimum 250 $ par jour et par personne, pour le visiter. Ce choix sélectif, semble leur réussir.

Je quitte ce pays à la fois avec une belle énergie, des expériences et des images qui resteront gravées pour toujours. Instantanément je pense aussi à ce pays en difficulté, aux infrastructures réduites qui sont aussi chaotiques que ses routes. Parfois j’ai eu l’impression que ce pays est proche du chaos (après en avoir subi un gros en 2015).

Eric

PS : amusé je fus de voir de vieux hippies dans une ville du centre du Népal, alors que nombreux ont été chassés de Katmandou. Amusé aussi de voir de jeunes occidentaux s’habiller (en Inde et au Népal) avec des habits amples et traditionnels, alors que les jeunes népalais -sans exception- s’habillent à l’occidental, en jean et vêtements très à la mode. C’est impressionnant de voir deux mondes qui se croisent sans se rencontrer. Notre modèle est vu comme la clef de la réussite et du bonheur, oups !

2 commentaires sur “Népal….. si beau et chaotique

  1. Mes « voyages » hors Europe se sont limités au Maghreb mais je repensais en lisant le constat d’Eric sur le Népal à la phrase qui m’était venue: « là où le tourisme passe, l’environnement trépasse »…

    1. Oh que je te rejoins Dominique….. et je vais un peu plus loin « là où l’être humain passe, l’environnement souffre, voire trépasse »

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